1ère visite en pédiatrie.

Faisons un bond dans le temps si vous le voulez bien. Il y a 3 ans j’étais encore externe en médecine, dans ma 5 eme année d’étude, je n’avais jamais entendu parler de catherine gueguen ou de montessori. 

Voici le regard que je portais sur un service de pédiatrie. 

Passez une grande porte peinte en arc en ciel, la visite commence …

Il faut que je fasse une confession.Je n’aimais pas la pédiatrie. Pour moi ça se résumait à des chiards larmoyants et des parents chochottes, à un mélange pâteux d’injustice, d’incompréhension, d’impatience que je n’arrivais pas à digérer. Je trouvais qu’il fallait être « spécial » pour exercer en pédiatrie, s’attacher de manière exponentielle aux petits patients, quitte à réviser l’intégrale de Dora et leur acheter des oursons en guimauve. Que tout ça frôlait le malsain finalement.

Vous vous en doutez, j’ai fait demi-tour, et quitté le malsain pour le kiff total.

Pourtant au départ, j’étais réticente. Je me laisserai pas attendrir que je disais. J’aime pas les oursons en guimauve que je disais.  

Et petit à petit … la guimauve est devenue de plus en plus savoureuse. Je suis passée de celle de lidle à celle de ladurée. 

Quand on soigne un enfant, un bon nombre de méandres sont évités. La liste des antécédents par exemple, se résume souvent à : il a fait 2/3 otites, un petit eczéma, sa grande sœur a eu la varicelle. Le rêve ! Ensuite normalement, un enfant, même grassouillet n’a pas de gros ventre. On pose une main magique et boum l’appendicite nous dit coucou. On a l’impression d’être le Dr Benton (oui encore lui, un héro est un héro que voulez-vous).

Il y a 2 mots que je retiendrai de mon passage chez les petits d’hommes, de la médecine fine, du pathognomonique.

Le 1er : grognon. Fermez les yeux et imaginez vous face à un des 7 nains. Tout le monde s’amuse, sauf grognon, au fond dans son coin.

Et bien sous ses airs débonnaires, le nain grognon est inquiétant, il couve quelque chose. Plus que dormeur ou atchoum, le nain grognon doit absolument faire évoquer une « vraie » maladie, pas un simple mal d’oreille.

Je ne compte plus les interruptions brutales du chef de service pendant le staff, demandant si l’enfant est grognon, rien d’autre n’éveillait sa curiosité, ou presque.

Un autre détail qui intéresse aussi beaucoup les pédiatres : la convexité des bébés. Les cuisses, le ventre, les bras, les joues, tout doit pouvoir faire bongbong quand on tapote dessus.

Par contre, la couleur du caca des nourrissons, on s’enfiche un peu. Souvent, d’infortunés parents morts d’inquiétude racontent par le menu l’aspect de la chose, parfois photo à l’appui, ou venant même directement avec l’objet du délit. 

On les rassure, il n’est pas grognon, il peut rentrer à la maison. Parfois avec une ordonnance de médicaments. Vous voyez où je veux envenir ? Des médicaments pour les enfants … à petites doses … à doses parfaitement (heum heum) maîtrisées par l’externe et l’interne à 3heures du matin. 

Alors il fait 14 kg, ce sont des comprimés de 50mg, la dose est de 30mg/jour, en 4 fois … Là on pense très fort à notre institutrice de CP, à la règle de 3, à nos tables de multiplications … 6 et 7, 13, je retiens 1, je soustrais 10 … Bon sang, le gamin saurait mieux faire le calcul que nous. Surtout que sa mère nous apprend avec un sourire mielleux que « non il neprend pas de comprimés, mais seulement des sirops » … Enfant tyran ! Range ta PSP et rentre vomir chez toi !

Parfois dans la chambre d’en face, il n’y a pas de PSP.

Il y a une petite de 1 an avec 22 fractures. Un ado de 13 ans qui a trouvé sa mère pendue. Un nourrisson de 1 mois accompagné de sa mère de 15 ans.

C’est aussi ça la pédiatrie. L’extrême fragilité de ces petits patients ou de leur entourage, montre un écart entre 2 chambres aussi grand que toutes les fractures sociales réunies de notre pays, où pourtant la sécu existe.

Comment ne pas poser un œil social (politique ?) surtout cela ? Que ceux qui dénoncent la largesse de notre sécurité sociale passent une heure en pédiatrie, et y sentent (au propre comme au figuré) la détresse, la solitude, la violence, la peur. 

Et une fois de plus, les soignants sont aux premières loges de ce théâtre de la vie. Et ils se serrent les coudes, échangent, boivent des litres de café ensemble. Poussent d’ailleurs des hourra quand le chef de service a ramené des capsules. Un bon café, ça aide à affronter les drames et les bonheurs ! 

Même si je ne me destine pas à cette spécialité (je ne ferai pas mon quart d’heure syndicaliste, mais l’internat de pédiatrie est particulièrement épuisant), je le dis haut et fort : j’aime la guimauve, j’aime regarder des tympans et des gorges, et je veux être enterrée avec mon badge Winnie l’ourson.
J’aime la pédiatrie.    

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