Et donc ta bienveillance, ça marche ?

La question à 2000 balles ! 

Parce que c’est bien beau de lire et relire les bouquins, les théories, les blogs, les forums … mais tout parent ou professionnel qui s’attarde un peu sur le sujet, a tôt ou tard cette question qui le turlupine.

Laissez père castor vous raconter une histoire qui va clouer le bec à la boulangère, tata Ginette, votre belle mère.

Lors de mon Stage en PMI (décidément, quel puit d’inspiration !) j’ai effectué des bilans de santé en moyenne section de maternelle. Il s’agit de peser, mesurer, dépister des troubles dentaires, visuels ou auditifs, verifier la couverture vaccinale, repérer des troubles des apprentissages ou problèmes sociaux chez des enfants de 4 ans. 

On va dans une classe avec notre petite liste, on appelle les enfants par groupe de 4 avec leurs carnets de santé, et hop tout le monde dans une salle, avec la balance, la toise, des petits « jeux » avec des lunettes de pirate, des mots à chuchoter … le tout dans une ambiance cool Raoul  assumée par moi même et la puéricultrice qui m’accompagnait (karene, bisous !). 

Les enfants entrent souvent volontiers dans le jeu, motivés par la curiosité, le désir de bien faire et parfois aussi la peur du « DOCTEUR » (ton dramatique). Evidemment je m’applique sur les formulations positives, les « j’aimerai que tu, j’ai besoin que tu … » et tout et tout comme dans les vidéos de filliozat.

Et voilà qu’une petite fille, appelons la Charlotte, timide d’après le maître, refuse les « jeux ». Elle ne veut pas enlever ses chaussures, monter sur la balance, encore moins mettre les lunettes de pirates ou répéter les petits mots chuchotés. 

Rien de rien. Même pas s’asseoir sur la chaise, même pas faire un geste, même pas jouer alors que les autres enfants passent. Elle reste debout dans son coin, les yeux baissés, mutique, avec ses cheveux en bataille et sa salopette rose. 

Nous la laissons un peu, tout en lui montrant ce que font les autres camarades, qui du coup s’interrogent. 

« Elle fait quoi charlotte ? Elle a peur ? »

 « Bien oui elle a peur … elle a le droit, c’est vrai que ça peut faire peur tout ces jeux … allez montre à charlotte comme il faut faire » 

« regarde charlotte c’est facile tu montes là dessus et y a les centimètres … »

Inefficacité totale. 

1ere observation et pas des moindres : les autres enfants ont tous très bien réagi, au pire ils ignoraient ce comportement incompréhensible pour eux, au mieux ils voulaient vraiment que charlotte n’ait plus peur. Aucune moquerie, aucun rire.

Mais bon, on y arrivait pas. J’imaginais super nanny débouler avec ses « tu peux pleurer ça m’est égal! », traîner Charlotte par les bretelles de salopette sur notre toise, et la catégoriser directement au rayon caprice/princesse/éducation ratée. 

Mais coup de bol pour Charlotte, elle a eu à faire à super karene et docteur Doudou, plutôt branchées bienveillance.

Et donc, après hyper alternance :

  • Demonstrations avec les groupes d’enfants suivants
  • Périodes où nous la laissions tranquille 
  • Empathie à peine forcée « oui ces lunettes sont vraiment bizarres, j’ai un peu peur, et toi docteur Doudou ? »
  • Réassurance physique et contenance douce, main sur les 2 épaules et voix bien assurée 
  • Et surtout de dramatisation : « si tu ne le fais pas, on revient la semaine prochaine, on sera contentes de te revoir ! »

Et ben on y est arrivées ! Elle y est arrivée ! Seule, sans dire un mot ou presque, avec un petit sourire que Super nanny aurait volontiers qualifié de narquois, ses petits pas fragiles et ses grands yeux verts.

Laissez moi vous dire qu’on étaient pas peu fières.

J’ai quitté l’école ce jour là d’un pas conquérant, prête a en découdre avec l’obscurantisme éducatif, les étiquettes d’enfant difficile, les pleurs ignorés, les angoisses enfouies qui bouffent encore et encore, les « tu peux pleurer ça m’est égal ».

Ça marche … ça marche EN VRAI !!! 

J’étais à 2 doigts d’envoyer un mail à magic maman pour leur dire que leurs articles sont pourris et que SI, ça marche.

Je suis revenue la semaine d’après et la suivante. Charlotte est venue à chaque fois me faire un câlin.

Elle a su dépasser … sa peur ? Le ridicule ? L’inconnu ? Je ne sais pas et peu importe en fait.

Bravo Charlotte.

3 réflexions sur « Et donc ta bienveillance, ça marche ? »

  1. Je crois que la clé, c’est l’attitude. C’est de faire confiance à l’enfant, lui prêter les meilleures intentions du monde et ne pas le diaboliser : ce n’est pas une « princesse » qui avait l’intention de ‘faire un caprice » pour « entrer en rapport de force » avec les adultes…simplement une enfant timide. Bravo Docteur Doudou! 🙂

    Aimé par 1 personne

      1. Oui c’est toujours perturbant, on est un peu désarmé face à ça, on aimerait vraiment que toute aille bien, fluide, et tout, parfois même on se trouve comme des poires en donnant son maximum. Ce n’est pas grave puis c’est pas personnel! ^^ Moi de ce que je lis, je trouve que vous vous êtes bien débrouillées toutes les deux. Avec ma mince expérience avec les enfants, lorsque je pars du principe qu’un enfant est de bonne volonté, ça se passe souvent bien (après on est tous humains, enfants, adultes… on maitrise pas tout!). Tous en chœur pour clouer le bec à la tata Ginette! 😉

        Aimé par 1 personne

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