Une ronde à l’infini

Je sais que dans quelques années, le tout doux sera grand et fort, descendra un paquet de céréales tous les matins, dormira jusqu’à midi, que je pourrai déjeuner au restaurant avec des amies en discutant de nos sérums anti âge, et passer des soirées au coin du feu avec mon mari.

Mais pour le moment, mes journées sont un peu éloignées de ce programme. Alors pour la postérité et le souvenir, voici à quoi ressemble une de mes journées. Venez, je vous emmène.

7h30.

Je suis réveillée à moitié depuis quelques temps déjà. Il fait chaud dans la chambre, le tout doux lâche le sein et se retourne de son côté dans un délicieux grognement, j’en profite pour me faxer hors du lit. J’enfile mon pyjama moumoute. J’allume le chauffage dans la salle de bain. J’ouvre aux bêtes (le chat et le chien, point de veaux, vaches, moutons) et je me fais couler un café avec des tartines. Mon mari me rejoint discretos, on admire nos tronches ravagées.

8h00

Ça remue dans la chambre, on entend un feulement, notre petit garçon de reveille. À peine j’arrive dans la chambre qu’il est descendu du lit, pousse la porte et se jette dans mes bras. Ses cheveux sont en bataille, il est chaud comme un petit croissant, sa transpiration à une odeur délicieuse.

8h10

Après avoir lu un Bébé Balthazar (urgence de chaque matin), et négocié acrobatiquement le déshabillage, on file sous la douche. Et oui, c’est la nouvelle organisation révolutionnaire, on prend la douche le matin !

8h20

Je sors de la baignoire tandis que chouchou se fait un énorme kiff sous l’eau qui lui dégouline fortement dessus. Je profite pour m’habiller, me maquiller, en entonnant gaiement « un pou, une puce, assis sur un tabouret ! ».

8h30

Je refile la patate chaude à mon Mari. Gamelle de déjeuner, chaussures, manteau. Un dernier câlin, un nouveau bébé balthazar illico presto. Il attrape mes genoux, ne veut pas me laisser partir. Papa détourne son attention et le prend dans les bras.

8h35

Je prend la tangente et ramasse mon cœur de maman qui s’est écrasé sur le pas de la porte.

Putain y a du gel sur le pare brise ! Je gratte avec une vieille carte de fidélité Kookai, vestige de ma vie d’avant. Mes doigts s’écorchent, ça caille.

8h40

Voilà j’ai 5 minutes de retard.

9h08

Y avait des travaux sur la route, les 5 minutes se sont étirées en 8. J’arrive au cabinet de médecine générale où je suis en Stage, j’assiste aux consultations avec une généraliste genialissime. Je salue les secrétaires, ouf elle n’est pas encore arrivée. Je profite de cette fenêtre temporo spatiale pour me précipiter sur la cafetière.

9h10

Ma chef arrive, je lui amène également un café. Nous débutons les consultations.

La matinée file. Une jeune femme qui ne supporte pas son boulot chez macdo, un jeune retraité qui a laissé Paris et avec qui j’évoque sans aucune nostalgie ce bon vieux RER A, un cinquantenaire diabétique avec une plaie au pied. Une douzaine de patients plus tard, c’est la pause déjeuner.

13h

Repas chaud dans la salle de repos. Nous discutons des patients de ce matin, de Macron, des enfants (elle en a 3). Le canapé me fait du coin de l œil, 5 minutes de micro sieste ne seraient pas inutiles.

13h45

Nous partons en consultations à domicile, des personnes âgées, très âgées dans des coins plus ou moins reculés. Il fait beau, les Cévennes sont majestueuses, les vignes revêtent leur plus bel apparat d’automne. Je repense au RER A, mouhahaha.

Dans les vieilles maisons, les poêles surchauffent, les cuisines sont bien tenues, les photos des moments joyeux évanouis emplissent les murs des salons surannés. Nous rassurons, auscultons, caressons des mains parcheminées.

17h00

Retour au cabinet pour la fin des consultations. J’engloutis un cookie du fond de mon sac.

19h10

Ma chef me dit de rentrer, il lui reste des résultats à vérifier, elle devrait passer à la maison de retraite voire un dernier patient mais ne le fera probablement pas.

Je file sur la route, un peu trop vite. Encore ces putains de travaux.

19h34

Je passe le pas de la porte, le cœur battant. Le tout doux mange une omelette aux épinards préparée par son père, qui nous a aussi fait cuire une pizza. Je les embrasse et extirpe mon fils de la chaise haute. Il se marre le bougre, met ses mains dans mon pull, la voilà, la fameuse tétée des retrouvailles !

Les tensions s’apaisent, une plénitude nous envahit. J’attaque vigoureusement ma pizza tandis qu’il fait des cabrioles sur mes genoux en tétant.

Une fois terminée, il s’en va poursuivre le chat, un morceau de pain à la main. Nous discutons de notre journée entre adultes. Puis on partage une poire fondante tous les 3, on rit, on crie, on s’embrasse en débarrassant.

20h04

Les hommes vont se mettre en pyjama et faire leurs ablutions. Je finis de ranger le salon, je distribue des croquettes, je vais pisser.

Tandis que je me déshabille dans la salle de bain redevenue glaciale, ils lisent un livre, puis 2. Je les rejoins pour un livre de Noël emprunté à la bibliothèque, avec des petits rabats cachés que le tout doux manipule délicatement.

20h25

On s’installe pour le combo tétée/câlin/dodo dans le noir. Chouchou donne de petits coups de pieds, me gratouille la poitrine, hume mon cou.

20h45

Il dort, je regagne le salon. On se pelotonne sur le canapé, on profite de quelques instants de calme et de télévision (ça fait du bien les pubs débiles).

21h25

Premier rappel, je le rendort très rapidement.

22h10

Deuxième rappel, je claque un smack à mon homme. Je vais me coucher.

22h18

Il dort et moi aussi.

00h34

Reveil. Open nichon.

00h57

Il n’arrive pas à renchainer sur un autre cycle de sommeil, s’agite, se tourne. À t il trop chaud ? La couette le gène t elle ? Tout le monde ronfle. Je commence à m’énerver.

Le temps s’étire… les minutes défilent sans que je me rendorme et lui non plus. J’ai tenté de me tourner de l’autre côté, erreur fatale. En moins de 40 secondes des petits Bras me tapotaient le dos et ça grognait en mode « reviens face à moi où je fous le bordel ».

Il tete, detete, re tete. Se jette.

Je pense à ma vie d’avant, aux brunchs à la bellevilloise, à notre voyage de noce, à mes patients.

Des angoisses viennent : cette thèse (la salope) qu’il va falloir que je démarre, la fin de mes études.

Et mon petit garçon qui a tant besoin de moi ! Voilà il s’apaise. Je ne retente pas le diable et reste de son côté, avec installation de haute technologie à base de 3 ou 4 oreillers a des endroits stratégiques. Il se pelotonne contre moi. Je savoure le souffle doux et lesy pieds frisquets.

Je sombre.

06h04

Nouveau réveil, maîtrisé par Super nibard en 30 secondes.

07h10

Rebelotte.

07h40

Déjà en retard.

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