Pleine lune

On est dimanche soir, j’ai le bide blindé de galette des rois, mon mec regarde exenpedabeul à la télé. Et chouchou dort evidemment (pour combien de temps ? Osef).

Et je repense à un épisode marquant de nos vacances entre Noël et le jour de l’an, constituées de pérégrinations dans nos familles respectives, 4 maisons différentes en 9 nuits.

Le crime eut lieu l’avant dernière nuit. Je demande le petit garçon en pyjama Winnie, avec ses grosses larmes et sa voix cassée par un rhume traînant, dans la chambre au premier étage de la maison limousine d’une tatie de mon mari. Cette tatie, c’est molly weasley. La maison c’est le terrier. On s’y sent globalement très bien, on mange plus que de raison, on chante, on rit.

Vous commencez à nous connaître un peu, et à savoir qu’il se passe pas mal de choses chez nous la nuit, ou plutôt ce qu’il ne se passe pas : une nuit complète d’un chérubin paisible et de parents reposés.

Mais il y a autre chose qui ne se passe presque jamais, c’est un enfant qui pleure, parce que le maternage proximal nous permet de répondre à ses besoins instantanément (et qu’on arrive ainsi à sauver les meubles des crues de la rivière nommée fatigue).

Et ben chez Tatie, on en a eu pour notre argent. Comme si le tout doux avait décidé de rattraper son retard de pleurs nocturnes et de voir ce qui se passait quand on réveillait vraiment ses parents. Et tout le département.

Au départ, je lui propose machinalement la tetee, accompagnée d’un petit chuchuchu et d’une main experte en pression abdominale. Mais ça ne lui convient pas. Il s’agite, tape dans le noir, moi, son père, lui même. Et il commence à pleurer. À hurler. Il va réveiller tout le terrier.

Nous allumons la lumière. Evidemment les hurlements redoublent. La pression commence à monter, plus personne ne doit dormir à mille lieux à la ronde.

Je lui propose le sein qu’il rejette violemment. « Y a un problème avec ton lait » répète mon mari, les yeux noirs d’inquiétude. Fébrilement je me remémore ce que j’ai mangé aujourd’hui… euh du foie gras … de la pintade … y a bien eu ses 2 verres de délicieux Graves 2009 … je ne comprend pas.

Notre enfant est en larme, en sueur, il se débat, hurle, refuse tout tentative de contenance ou de réassurance. Impossible de le bercer, de chanter, il s’est transformé en dragon et nous assistons impuissants à une auto combustion destructrice.

Nous descendons dans le salon, peut être que le changement d’air fera quelque chose … je vois la lumière allumée sous les portes des chambres. Il est 2h30, je n’ose imaginer ce que la famille pense et ressent.

Nous lui proposons de l’eau, un petit gâteau, une serviette fraîche. Je la mettrai bien sur ma nuque à moi cette serviette. On essaye de mener un interrogatoire de fortune « tu as mal ? Au ventre ? À l oreille ? Montre nous … ». Mais rien à faire, nous sommes bel et bien devant des pleurs inconsolables, pour la première fois en 19 mois.

J’essaye de prendre les choses en main, je me sépare de cette flamme maternelle intérieure qui me hurle putaiiiiiin il ne va pas bien !!! Mais fais quelque choooooose !!! , pour laisser place au médecin rationnel et détaché. « Je vais regarder ton ventre, et dans ta couche ». Je palpe, j’appuie, j’essaye de garder le cap, j’imagine être en garde aux urgences pédiatriques un 31 décembre. Pas de défense, pas de contracture, pas de torsion testiculaire.

Mais qu’est ce qu’il a bordel ??!! Inutile de vous décrire l’état du papa, au bord de l apoplexie. Cela fait plus de 30 minutes, et je continue de me demander ce que le reste de la maisonnée ressent.

Et voilà que notre Tatie ouvre la porte de la chambre, les cheveux en bataille, suivie de près par son frère, en teeshirt et slip.

« Qu’est ce qu il a ? Il a peut être une otite s’il pleure allongé… « 

J’imagine le tableau se dressant sous leurs yeux, monsieur et madame parents largués, et leur fils Dragon Ball Z. « On ne sait pas, il ne fait jamais ça normalement, vraiment on ne comprend pas ! »

« Ben alors mon Loulou … tout va bien, tu es chez Tatie … tout va bien ».

Et là, évidemment, l’intervention quasi divine de Molly Weasley … lui a coupé la chique. Il les regarde ébahi, tout rouge, arrêté de se débattre et de pleurer. Silence. « Alors mon Loulou … »

Nous essayons de formuler une phrase grammaticalement correcte pour marquer notre reconnaissance et notre totale incompréhension.

Ils ressortent de la chambre. Je repropose le sein, il tête jusqu’à la syncope et s’endort instantanément. Je craque un peu, beaucoup, mon mec aussi je le vois. Au moins il n’y a pas de problème avec mon lait, lui dis je à petite voix.

Et voilà, fin de la tragédie, tout le monde se rendort, le chien ronfle.

Mais alors que s’est il passé ? On en sait foutrement rien. Est ce la pression de réveiller les autres qui m’a empêché de lâcher prise ? La fatigue accumulée par ce voyages aux multiples étapes ? Les 2 verres de Graves ? La pleine lune ?

Mais quel déchirement de sentir son petit se débattre dans les bras les plus aimants qui soient, refuser toute aide ou supports de contenance et d’affection.

Comment ne pas penser aux parents d’enfants malades qui hurlent toutes les nuits ?

Je pense fort à eux, ils se reconnaîtront.

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