À tout seigneur, tout honneur.

Messieurs dames, l’heure est grave.

J’ai en tête depuis plusieurs semaines déjà une idée qui m’obsède et que j’ai envie de partager avec vous.

Cette idée ne vient pas de moi, pas directement.

On discutait avec une amie de la problématique des enfants à fort potentiel de demandes, de besoins, d’incompréhension, de prises de tête, de pénibilité, de fatigue voire d’épuisement parental. Ceux qu’on appelle peut être les BABI, bébés aux besoins intenses. Paraît que les maternelles en ont parlé d’ailleurs, la voix off disait « rien ne sert de la laisser pleurer … » ok, merci, aurevoir.

Je regarde de haut notre situation, avec mon tout doux qui demande tant d’attention, qui est une machinerie tellement fine à régler, qui a depuis maintenant 1 an besoin de soins pour l’aider dans son développement. Nous avons pourtant toujours offert les conditions les plus propices à son éveil, sa sécurité affective, sa croissance. Peau à peau des la naissance, sommeil partagé, allaitement et câlins à gogo, bienveillance et réassurance jour et nuit, pas de transat, peu de poussette, motricité libre, DME, jamais d’écrans, un rythme de vie le plus régulier possible. Objectivement, en mettant de côté cet amour inconditionnel dont tout enfant désiré bénéficie, il est « tombé » sur des parents qui ont eu la possibilité de mettre en application ce que l’on sait maintenant sur les conditions optimales pour le développement de l’enfant.

Et pourtant … pourtant il y a une couille dans le potage. Psychomotricité, kinésithérapie (désormais terminée) et orthophonie depuis peu. Une fragilité, une labilité émotionnelle, une grande intelligence, un réservoir affectif immense.

Pourquoi ? Pourquoi c’est tombé sur lui, sur nous ? Et comment d’autres parents auraient ils fait ? Auraient ils vu les petits grains de sables qui coinçaient dans l’horloge ? Auraient ils embrassé la prise en charge et le suivi comme nous ? Où en serait le tout doux aujourd’hui si nous n’avions pas été aussi attentifs ou carrément s’il était né dans une famille différente ?

Je n’avais pas de réponse.

Et donc on parle de tout cela avec ma cops qui a son quota de réservoirs affectifs à combler et de journées aux urgences à assurer.

Et elle me dit « tu sais, il paraît que ce sont les enfants qui choisissent leurs parents ».

Et bam.

Cette affirmation farfelue a germé en moi pour faire naître, enfin, un semblant de réponse à toutes les questions susmentionnées.

Mon fils est comme il est, avec sans doutes des zones d’ombres en matière de développement et d’acquisitions, mais il peut se permettre de l’être, car il nous a comme parents.

Bon ça y est, vous me prenez pour la toquée de service qui attend que catherine gueguen vienne toquer à sa porte pour lui donner la médaille de mère de l’année.

Cette idée, un peu mystique, a au moins l’avantage de me déculpabiliser de ouf. Aurevoir les « mais qu’est ce que j’ai fait, c’est de ma faute, j’aurai dû plus me reposer pendant la grossesse, j’aurai dû rester avec lui, j’aurai dû, j’aurai dû, j’aurai dû ».

Bon de là à dire que je suis le nuage de la sagesse dans le ciel de la sérénité, faut pas charrier. Ce serait plutôt la foudre de la colère dans la tempête de l’injustice.

Alors attention, ce n’est pas parce que votre bébé est « facile » que vous êtes des parents peu armés. D’abord parce que c’est un job que vous assumerez jusqu’à la fin de votre vie et que votre enfant peut avoir besoin de vous encore et toujours.

Ensuite car vous avez peut être trouvé la juste équation pour répondre à tous ses besoins, tout en respectant les votres. Et que du coup, ça roule ma poule.

Je vous laisse partager avec moi vos réflexions à ce sujet, les dragons que vous avez affrontés avec vos enfants, les victoires remportées.

Car nous parvenons à mener la charge à ses côtés. Car il reste le capitaine, le chef, le seigneur qui nous guide au champ de bataille, qui nous a choisi, qui s’appuie sur nous pour grandir et devenir.

9 réflexions sur « À tout seigneur, tout honneur. »

  1. J’ai déjà entendu parlé de « BABI » mais j’ai du mal à comprendre comment ça s’exprime, si ça existe vraiment un BABI comme on l’entend. Je me méfie, on dirait une étiquette à la mode des mamans qui sont en mal d’originalité, tu vois un peu le genre? « Mon enfant est autiste » « HAN mais ouaiiis je te comprends, le mien c’est un BABI c’est difficile aussi tavu ».
    Toi je sais que ce n’est pas le cas 😉 Mais c’est la question que je me pose : est-ce qu’il y a une origine scientifique à ce phénomène? Toi qui est presque médecin, est-ce que tu en as entendu parler? Y a t’il une définition claire, objective et documentée là-dessus?
    Je précise qu’il n’y a aucun jugement à ton égard et que le sujet m’intéresse aussi personnellement : mon fils a seize mois et c’est une locomotive. Les montagnes russes émotionnelles c’est tous les jours à la maison, il est très demandeur c’est très fatiguant et pourtant, je fais de mon mieux et il présente des comportements d’un bébé à attachement sécure. Donc bon clairement, c’est pas de ma faute mais bon. C’est RELOU!
    Et je comprends ton sentiment d’injustice : mon entourage semble un peu … interloqué quand je leur décris notre quotidien avec mon fils. Personne ne semble trop comprendre pourquoi je suis sur les rotules. Bref.
    Allé courage on s’accroche, on respire, un jour ils seront adultes et nous en maisons de retraites et on pourra dire « qu’est-ce qu’il était mignon bébé, regarde le maintenant qui n’a même plus cinq minutes à accorder à sa pauvre mère ohlala! »

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    1. Alors effectivement je pense que c’est un terme fourre tout … y a pas vraiment de définition « médicale » ou « psychomotrice » à ma connaissance. Effectivement les babi semblent à la mode, mais c’est aussi car on écoute beaucoup plus les enfants et les bébés qu’il y a 10 ou 20 ans (et 50 ans j’en parle même pas…). Paradoxalement ce profil d’enfants paraît tellement incongru dans notre société qu’on éprouve le besoin de les qualifier de spéciaux. Alors que si ça se trouve, dans d’autres sociétés, ce serait juste des enfants lambda qui expriment leur besoins et construisent leur personnalité …
      et oui l’entourage c’est pas toujours le plus soutenant … cf min article « je vais bien merci » 😉

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      1. Effectivement oui ça se tient! J’ai l’impression que plus on écoute un enfant et plus il s’exprime et plus il s’exprime et plus il sait le faire. Bon en tout cas, si à un moment tu dégottes des infos sur le phénomène tu sais qu’il y a de la demande ^^
        Faudrait comparer par exemple, avec les enfants japonais : ils dorment TOUS dans la même pièce, toute la famille. Les enfants sont très entourés. La différence occidentale et son paradoxe est qu’on met l’accent sur l’individu d’un côté mais qu’on le largue dans la nature de l’autre. Chez les japonais c’est plus une question d’utilité sociale au groupe qui lui a prodigué des soins.

        Et tout à fait pour ton article j’y pensais en rédigeant. Il fait ses nuits : mais ouiiiii madame la duchesse, toutafé il dort comme un ange du premier coup à 20h et se réveille comme une fleur délicate qu’il est à 9h30 pétante tous les matins (à côté t’as mon gamin qui fracasse sa poussette contre un mur, tout va bien)! Après ça dépend à qui je parle, mais la plupart du temps j’esquive. Mes parents et ma belle-mère comprennent un peu la situation et font de leur mieux pour rester neutres quant à mes méthodes. J’ai envie de dire qu’ils peuvent bien être interloqués s’ils le veulent tant qu’ils restent constructifs.

        Je rebondis sur un aspect peut-être un peu plus « conseil » vis à vis de ton article mais… Globalement, la meilleure attitude à tenir pour garder le cap que j’ai trouvé et ne pas culpabiliser est de se dire « je fais de mon mieux là maintenant tout de suite, en fonction de mes convictions, de mon état, de son état et personne ne peut le faire à ma place mieux que je ne le fais maintenant ». Même si nos enfants étaient effectivement des « babis » par exemple, tenter de faire abstraction des pourquoi et comment qui mènent nécessairement aux genres de doutes que tu as exprimé plus haut et se dire « c’est pas important. Là qu’est-ce que je peux faire et comment le faire? ». J’ai fait une grosse dépression pendant ma grossesse, des attaques de panique et tout, pas vraiment le genre de grossesse idéale. A chaque fois que j’entendais mon bébé pleurer (après sa naissance hein!), je n’entendais même pas mon bébé mais ma culpabilité. Depuis que je me réaffirme comme ça, lui comme moi allons mieux. Enfin, j’espère que ça pourra t’aider aussi.

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      2. Ah oui clairement pour les besoins ! Tant qu on y répond, l’enfant les exprime 🙂
        Je suis impressionné par ton pouvoir de raisonnement et de rationalité face à la culpabilité (cette salope), j’ai plus de mal, surtout en ce qui concerne, comme toi, les événements durant la grossesse …

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  2. Merci Dr Doudou pour le compliment =^_^= C’est un exercice de tous les instants. Faut savoir qu’à la base je traine un bon gros passé de dépressive chronique et d’anxieuse à compulsions obsessionnelles… C’est pas vraiment aidé par mes douleurs chroniques en plus. Mais je crois qu’à force de se convaincre, on finit par « reprogrammer son cerveau »… Comme pour les exercices de maths, plus on en fait, plus on choppe la logique et plus ça devient facile et automatique.

    Donc, quand je mets en boule, que je sens l’angoisse venir j’essaie au maximum de respirer, de rester calme et de m’ancrer dans le présent et de réactiver mon cerveau rationnel justement. Pour ça, je me dis que, en fin de compte, ce sont les fantômes du passés et les émotions liées qui m’empêchent de prendre le présent comme il est. Il pleure, mais est-ce qu’il manifeste un désaccord ou un malaise? Et s’il ne va pas bien là, est-ce vraiment parce que je déprimais quand j’étais enceinte, ou pour autre chose? Et si vraiment ma dépression enceinte l’avait impacté, qu’est-ce que je pourrais faire là tout de suite maintenant pour améliorer les choses? Bah, ce que je fais déjà : faire de mon mieux pour répondre à ses besoins et être à son écoute.
    La philosophie zen et la méditation peuvent t’aider aussi pour rester dans le présent. C’est après tout la seule chose sur laquelle on a une prise.

    Et puis… L’estime de soi. Intègre ça une bonne fois pour toute : tu mérites d’être aimée, tu es une bonne mère et ton enfant est ce qu’il est, pas par punition divine, mais parce que c’est c’est juste la vie. Voilà de mon point de vue ce que l’image que tu renvoies donne : je te suis depuis un moment, tu es quelqu’un de sensible, qui semble hyper attachée à son enfant et qui l’aime de toutes ses forces. Tu t’envoies beaucoup de violence dans la tronche, je la vois parce que je la connais, cette violence auto-infligée. Et pourtant, tu es géniale. Je ne loupe aucun de tes articles, même si je ne les commente pas tous. Ton minipouce, il a l’air génial aussi, j’avais adoré la vidéo où tu montrais comment le moucher, votre relation a l’air trop belle y’avait plein de petits gestes et d’ajustements corporels qui montraient une belle adéquation mère-enfant c’était beau *_* , et ton homme a l’air au top!

    Je t’envoie une vague de choubidoux, de positive attitude et d’affection!

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  3. Haaaaaan moi aussi j’ai envie de croire à cette mystique croyance ‘c’est l’enfant qui choisit ses parents »: pour les mêmes raisons que toi ! Plus de « Pourquoi ? » « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » « Punition divine? » « C’est parce que avec nous il savait qu’il allait être accueilli tel qu’il est ? », etc. etc. Mais mais… Travaillant dans l’Aide à la jeunesse je ne peux m’empêcher de me dire: mais alors, tous ces enfants qui arrivent dans des familles démunies (financièrement, intellectuellement, socialement, émotionnellement, culturellement,…), parfois maltraitantes de génération en génération, ils l’auraient… choisis ??? Et à l’échelle du monde, un enfant de Somalie/Syrie/Afghanistan aurait vraiment choisi d’arriver là ? Je brasse large je sais mais… Malgré mon envie d’y croire – et ça me réconforterait tellement que ce soit le cas – je suis sceptique…

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    1. Tu sais parfois, on se raccroche à certaines croyances pour avancer. Qu’elles soient vraies ou fausses ça n’a pas tellement d’importance, à partir du moment où, à l’instant T ça soulage et ça permet d’avancer. L’important c’est de garder un système de pensée ouvert, derrière, et d’avoir le cœur ouvert : si les enfants choisissent leurs parents, certains n’ont clairement pas mérité leurs sorts comme tu le soulignes. Si tu as deux minutes de disponibilité, je t’invite à lire mes commentaires juste au-dessus où je propose d’autres voies aussi pour soulager cette culpabilité qui nous empoisonne toutes en tant que maman ^^

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