En attendant le petit pois

Mon fils est né au mois de mai, et il se trouve que c’est le mois des petits pois. C’est également le mois de la blette et du fenouil mais ça faisait moins sexy comme titre d’article.

En ce moment je refais le trajet professionnel que je faisais il y a 2 ans, presque jour pour jour, heure pour heure, dans la même voiture et -truc de ouf- Amir passe toujours à la radio. Je passe devant orchestra (a l’époque je m’y arrêtais, infortunée nullipare qui voulait une poussette et comptais faire dormir son bébé dans un lit a barreau, la grosse naïve), je revois les mêmes allées de vignes, les mêmes collines pelées, je respire les souvenirs qui me reviennent.

L’espoir que ce gros ventre (et ces grosses cuisses et chevilles boudinées dans des chaussettes de contention force 2) avait fait naître le long de la ligne brune, avant de faire naître la vie, juste au dessus du pubis.

Ce bouleversement qui allait survenir dans ma vie (mais était ce vraiment ma vie auparavant ?), je ne pouvais pas l’imaginer, même dans mes rêves les plus fous.

J’étais heureuse oui, mais j’avais peur aussi. Peur de l’avenir, peur des responsabilités qui m’incomberaient dans quelques semaines, peur de ne pas arriver à mêler ma vie de maman et ma vie professionnelle, peur d’échouer, peur de me tromper. Dans les moindres détails j’essayais de tout anticiper, je passais mes insomnies à me demander quel serait la meilleure saison pour lui apprendre le vélo, et à quelle heure je devrai rentrer au plus tard à la maison pour le calin-bain-diner-histoire-bisou-dodo.

Je dormais mal (LOL), je mangeais trop (MDR), et je trouvais que j’avais beaucoup trop de cheveux blancs (MOUHAHAHA) qui se voyaient parce que refusais la coloration bourrée de perturbateurs endocriniens mauvais pour mon bébé.

Je m’étais gavée de fraises dès le mois de mars (oui j’avoue, elles étaient espagnoles, c’était pas des garriguettes, shame on me).

Je n’aimais pas de corps difforme, parfois je me regardais dans la glace, avec toutes ces veines autoroutières et je me demandais qui j’étais, ce qui restais de moi.

Au boulot, je ramais du canoë, je me traînais mes 3 tonnes 5, tellement essoufflée que je n’arrivais même pas à présenter mon patient à l’orthopédiste au téléphone. Même le cardiologue réputé pour son empathie n’est ce pas, me trouvait « un peu fatiguée ». La lingerie m’avait commandé des blouses spéciales, taille homme xxxxxl.

J’avais tenu, j’étais fière. Épuisée et angoissée, mais fière. Maintenant je balaye l’ombre de la culpabilité de ces mois de stress, s’il est aussi sensible, est ce à cause de cela ?

Ce bébé, je l’aimais déjà si fort, mais ce n’était rien du tout par rapport à l’amour en vrai qui explose désormais dans ma poitrine à chaque fois que je le vois.

Je voulais être une mère moderne, forte, indépendante, épanouie, écrasant tous les doutes sur son passage.

Jamais je n’aurai imaginé que la maman que je suis aujourd’hui serait celle que j’espérais devenir, au centuple (oh mon dieuuuuu je me fais un compliment).

Toi la femme enceinte d’il y a 2 ans : ça va être fou et incroyable et beau.

Et tu vas perdre tous tes kilos. (Et en revoyant la photo je te dis : tu vas récupérer un iPhone, ouais !)

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