Doudou papote avec Dr Doudou

Alors non je ne suis pas nouvellement atteinte de bipolarité, et globalement les 3 ou 4 personnalités dans ma tête font bon ménage entre elles (quoi que).

Si Doudou le doc prend la plume aujourd’hui, c’est pour répondre aux questions de Doudou la mum, et d’autres parents d’enfants aux besoins disons, en dehors du standard occidental, du bébé qui fait ses nuits à 3 mois, va dormir chez ses grands parents à 6 et ne hurle pas dès qu’un étranger s’approche à moins de 10 mètres. Ces parents ont eu affaire, comme moi, à des avis médicaux, des regards portés, des raccourcis, et je leur ai proposé de répondre aux questions qu’ils se posaient sur « nous », ceux de l’autres côtés de la barrière, ceux qui savent ou pensent savoir, ceux qui soignent.

Quelques précisions :

 

Je rappelle que les études de médecine sont très difficiles, et que les pédiatres notamment vivent un véritable enfer pendant leur internat. Qu’ils savent intuber un petit de 2 semaines, et rentrer chez eux en ayant démarré un protocole de morphine chez un enfant en fin de vie. Donc bienveillance sur eux, et vos enfants, qui peut-être vous diront un jour qu’ils veulent faire médecine…

Allez préparez, le pop corn, c’est parti.

Comment laver efficacement le nez d’un enfant enrhumé quand il bouge beaucoup ?

Il parait que le nezpirateur est vachement bien. Il se branche sur l’aspirateur apparemment. Je n’ai pas testé (et je me souviens plus où est rangé mon aspirateur). J’utilise une grosse seringue de 20 ml que je remplis avec 2 pipettes de serum phy et je pschitte dans le nez, en position assise et bouche fermée. C’est assez efficace et ça évite la position allongée que l’enfant déteste et le côté « torture » de la chose. 3 fois par jour environ, et actisouffre ensuite, il adore.

Pourquoi quand je dis à mon médecin que ça m inquiète que ma fille commence à begayer à 4 ans, il me dit d aller voir un psy ?

Parce qu’il ne sait pas que les orthophonistes existent ? Le psy, qui peut être très utile pour enfants, parents, chiens et canaris, est complémentaire de la prise en charge étiologique (traitement de la cause), comportementale ou symptomatique.

Pourquoi quand je veux prendre mon temps et respecter mon bébé qui a 5 mois, mon pédiatre me dit de ne pas louper le coche ?

Il parle vraisemblablement du coche des allergies. En france on ne connaît pas la DME. Et comme le taux d’allaitement maternel est ridicule, les allergies alimentaires sont importantes.

Les recommandations concernant la diversification alimentaires changent trèèèèèèès souvent et nous mêmes sommes un peu perdus. Du coup, on évite de donner des conseils trop tranchés.

Pourquoi globalement, passés les 6 mois de l’enfant, les médecins ne prennent plus l’allaitement en considération ?

Parce que la France n’est pas un pays pro allaitement. C’est culturel. Et il n’y a pas que les médecins qui ne le prennent pas en considération. Le pharmacien, le magasin de puériculture, la télé … Pendant le scandale lactalis, je n’ai entendu à aucun moment qui que ce soit dire « euuuh les gars, faudrait peut-être rappeler que l’aliment naturel du nourrisson sort des miches de sa mères, pas d’un pis d’un vache puis d’une usine de la mayenne. On ose le dire ou pas ? ».

18,5% des bébés de 6 mois sont encore allaités, et ensuite ce chiffre baisse très rapidement. La probabilité qu’un médecin rencontre un enfant de 1 an allaité est donc faible voire très faible, et on a tendance à zapper que c’est encore possible et recommandé.

A titre purement personnel, je trouve que la présence des labos de lait en poudre, et la publicité pour ceux ci, ne nous aident pas à davantage considérer l’allaitement maternel. Mais c’est mon avis, biaisé par le fait que j’allaite et que j’ai envie de les envoyer chier « hey les gars mais je connais un super lait qui évite les allergies aux PLV et est facile à digérer, c’est RE-VO-LU-TIO-NNAIRE. Je vous jure, paraît que ça a été inventé il y a 2,8 millions d’années par une meuf qui s’appelle Lucy quelque part en Ethiopie … ».

Pourquoi tous les médecins n’ont ils pas une mini formation sur les réactions que les enfants peuvent avoir face au corps médical ? 

Effectivement Filliozat et Gueguen ne sont pas au programme de médecine …

D’un côté, les internes, souvent votre premier contact dans le box des urgences, bien qu’âgés de 25 à 30 ans, voire plus, n’ont souvent pas d’enfants.

De l’autre, un certain nombre de médecins fonctionnent encore « à l’ancienne », et n’ont jamais entendu parlé de discipline positive (tout comme l’ensemble de la population, je maintiens). Pour eux l’enfant pleure, et voilà, c’est pas un drame, il s’en remettra. Et on regarde les tympans on laisse pas le choix. Et on le menace de faire sortir maman s’il rechigne.

Comme les premiers sont formés par les seconds, difficile de faire une place dans la formation pour une prise en charge plus positive de l’enfant.

Cela vient tout doucement. Même si certains jours, je désespère en entendant une collègue parler de son stage chez des pédiatres d’une grande ville, disant aux parents que les pleurs stimulent la plasticité cérébrale. (Au secours)

Pourquoi les médecins n’ont ils pas de formations « mise a jours »? Type allaitement, chaussures souples, diversification… c’est horrible. 

Horrible, horrible, non quand même ! L’allaitement c’est clair. Quand même des soi disantes professionnelles de l’allaitement donnent des conseils qui font foirer une lactation, difficile d’espérer qu’un jeune médecin qui a eu une formation minimale et qui n’a jamais entendu parler de REF ou de tétées groupées (késseussé ?), s’y retrouve et sorte la maman d’un mauvais pas.

Je serai tentée de répondre par 2 réponses, liées entre elles : le manque de temps, et la hiérarchisation des connaissances. 11 ans d’études pour un pédiatre, au strict minimum, c’est déjà assez long, et pourtant il manque toujours des connaissances à propos de telle maladie génétique, ou de tel anticorps … bref des trucs importants. Et donc durant toutes ces études et par la suite avec la formation continue, les médecins essayent de ne pas oublier des choses essentielles aux bons soins médicaux de l’enfant dans leur dimension la plus grave possible.

Pourquoi on a voulu me refuser l’emla pour une 3eme prise de sang, privilégiant le soluté sucré et en m’assurant que bébé n’avait pas mal du tout pendant les prises de sang ?

Flash back des années 80 : mais parce que l’enfant n’éprouve pas de douleur voyons. Et il s’en souviendra pas de toute façon.

Naaaaan heureusement nous avons un peu évolué et la douleur en pédiatrie est maintenant une vraie priorité.

Bien sûr, bébé a mal pendant les prises de sang. L’EMLA met 45 min à agir. Le soluté sucré est instantané. Et concernant les vaccins, je pensais que le sein était le meilleur antalgique au monde, avant de lire une étude qui a montré que sein+EMLA était une combinaison supérieure au sein seul.

Pourquoi on demande au compagnon de sortir lors de la pose de la péridurale ?

Cela dépend des équipes et on devrait, à mon sens laisser, le choix.

Mais globalement c’est pour éviter que Capitaine Courage tombe dans les pommes, s’explose l’arcade sourcilière, et qu’on ait un autre problème dans les pattes que sa dame qui enfante dans le sang et la douleur. Cela évitera du coup un dialogue du type « chéri mon épisio me fait souffrir le martyre, j’en peux plus » : « et ma bosse sur le front quand je suis tombé, qui en parle hein, qui ??? ».

Pourquoi tous les médecins ne s’appellent pas Dr Doudou ? C’est un aberration je trouve ! 

Mooooooow ❤ ❤ ❤ (j’étais obligée de la mettre).

Y’a-t-il moyen que l’info du CRAT soit plus communiquée aux médecins pour éviter les conneries sur l’arrêt de l’allaitement parfois (souvent) non nécessaires.

L’info est super communiquée aux jeunes. Vraiment on est au taquet pour les femmes enceintes et allaitantes.

Pourquoi les médecins ne voient pas le patient dans sa globalité ? (Vous avez 3heures.)

Question pouvant être posée directement au conseil de l’ordre, à l’académie de médecine, en fac de philo …

Notre médecine occidentale n’est malheureusement pas une médecine holistique (comme la médecine chinoise, qui prend justement la personne dans sa globalité). Ce n’est pas comme cela que l’on apprend, et souvent les diagnostics regroupants des symptômes « à la docteur House », sont les plus difficiles.

Ensuite, connaître un patient dans sa globalité demande de le voir souvent, y compris dans des situations où il va bien. La personne serait-elle prête à revenir une fois guérie pour me parler de tel traumatisme ou de ses angoisses ? Pas sûre.

J’ai envie de penser que notre culture toute entière n’est pas assez tournée vers l’épanouissement tout entier de l’être humain et que les médecins n’échappent pas à la règle.

Comment le médecin organise t’il son emploi du temps/nombre de patients à traiter ? Parce que quand on appelle son médecin traitant, donc qu’on est bien malade et qu’on nous dit « pas de rendez vous avant une semaine » bah on va voir un autre médecin et du coup le concept de médecin traitant ne sert plus à rien…

Alors pour ce que je commence à connaître, à savoir la médecine générale en cabinet, chaque médecin s’organise comme il le souhaite. Certains sont des bêtes de travail, font des semaines à 80h sans problème, d’autres privilégient la vie de famille et exigent 2 à 3 soirs par semaine de sortir à 18h (j’estime qu’à temps plein, et pour soigner correctement des gens qui ont aussi des impératifs, il faut rester ouvert plus tard le soir au moins 2 soirs par semaine).

Nous sommes payés par l’assurance maladie en fonction du nombres de consultation. Donc bien sûr, chaque médecin se fixe ses propres envies et ambitions en terme de salaire, de vacances … Les charges du cabinet influent aussi sur l’argent à faire entrer chaque mois. Des locaux neufs, du matériel, une secrétaire, sont des frais qui imposent une certaine efficacité.

Des créneaux d’urgences sont normalement réservés pour les gens qui appellent à 8h du mat, pour un dos coincé, une diarrhée sanglante, ou un enfant qui vomit.

Effectivement si à chaque fois que vous appelez il n’y a pas de créneau de libre, il doit y avoir un problème dans l’organisation.

Si vous êtes en zone de désert médical, avec un seul médecin pour (je dis le chiffre au pif) 100 000 habitants, c’est tout le concept d’accès aux soins qui doit être revu (sujet brûlant d’actualité !) et cela nous dépasse un peu …

Comment les libéraux choisissent leurs remplaçants en cas de congés ? 

Parfois et dans le meilleur des cas, ce sont des anciens internes qu’ils connaissent et connus de la patientèle.

Mais souvent, à cause de la pénurie, le médecin installé ne peut pas faire la fine bouche et est déjà hyper soulagé de trouver un remplaçant.

Finalement le débat sur le décalottage des petits garçons en est où ?

Excellente question ! Le décalottage, ça ne se fait plus. On laisse tranquille, et on explique rapidement au petit garçon que c’est lui qui doit s’en charger. Et c’est l’occasion de remettre une couche sur la prévention des violences sexuelles. Même très jeune, l’enfant comprend que « c’est à lui et à personne d’autre ».

Pourquoi ne sommes nous jamais pris au sérieux nous parents ? Pourquoi les médecins ne font pas confiance au patient et ne l’écoutent pas ? Pourquoi ils ne nous écoutent pas ? On passe direct pour la maman stressée alors qu’on les connaît nos enfants… 

Et voilà les questions qui sont le plus revenues dans ma petite enquête … Comment vous répondre ?

Il y a en médecine les connaissances théoriques : fréquence cardiaque, nombre de selles, poids, saturation en oxygène … critères objectifs établis pour nous aider à juger de la sévérité d’une affection. Ces chiffres sont facilement aprenables et vous pourrez d’ailleurs souvent les retrouver sur google, ce qui va vous rassurer ou au contraire vous inquiéter.

Et il y a le reste, le nez du soignant. L’infirmier, l’aide soignant, le médecin (les bons en tout cas), « sentent » des choses fugaces, subtiles, impalpables. « Il a mauvaise mine, il a l’air fatigué ». Et c’est pour ça qu’on parle souvent des enfants entre nous (et que ça prend du temps, et que vous attendez longteeeeeeemps dans le box des urgences). Ces ressentis subjectifs sont basés sur notre expérience, plus ou moins longue et riche, mais aussi sur un espèce de 6ème sens, que vous parents, possédez également. Vous connaissez mieux que nous votre enfant, vous êtes son expert. Votre curseur d’inquiétude est forcément plus sensible que le notre, car c’est votre bébé, votre perle, votre tout.

Et parfois on trouve que le parent est trop stressé, trop inquiet, parce qu’on a déjà vu pire, parce qu’on est fatigué, parce que l’enfant va bien et que notre 6ème sens ne s’est pas mis en éveil. A tort ou à raison.

A contrario, je suis parfois tombée sur des parents faussement rassurés par la consultation clinique dans les limites de la normalité, et qui minimisent l’avis du médecin « il me fait chier avec cette courbe de poids ! c’est pas grave si ma fille ne parle pas, elle prend son temps ! il voit le mal partout ce médecin ».

Le plus important : une relation de confiance entre les parties parents-médecin-enfant. Il existe autant de types de médecins différents (inquiet, cool, strict …) que de types de parents (inquiet, cool, strict …), et dans un monde idéal de santé des populations, chacun pourrait choisir l’autre qui lui ressemble et répondrait le mieux à ses attentes. Mais la démographie médicale est ce qu’elle est, et vous n’avez pas toujours le choix entre 3 pédiatres ou généralistes à la sensibilité et aux méthodes propres. Quand à la consultation aux urgences ou au mec du 15 qui va vous répondre au téléphone (z’êtes tombé sur un abruti vous parle comme une merde ? le prenez pas mal, je vous rassure, c’est pareil pour moi, même en tant que consoeur), là évidemment, il n’y a que peu de marge de manoeuvre.

J’essaye pour ma part d’écouter davantage les parents sur l’état général de l’enfant et même si je le vois retourner le cabinet en 2 minutes, je les crois quand ils m’affirment qu’il n’est vraiment pas comme d’habitude.

Dernière chose, si vous passez pour la maman stressée, mais OSEF. Moi je passe pour la maman fusionnelle et esclave, je le sais, même si on ne me l’avoue pas (et c’est pas vrai, et je vous emmerde). Je le sais parce que je sais que malheureusement, les médecins jugent toujours un peu. Comme vous les jugez aussi, comme l’homme juge l’homme depuis la nuit des temps … Gardez à l’esprit que même si le médecin vous juge de derrière son bureau, le plus important pour lui reste tout de même l’intérêt de votre enfant et sa santé. Et donc ben tant pis, vous ferez partie de son top 10 des parents hystéro … Complétez votre tableau de chasse avec le chef de service des urgences, l’allergologue, le gastro pédiatre, le pneumo pédiatre, le pédo psy, la kiné, la psychomotricienne, l’orthophoniste … et ce sera vous la star !

 

 

Et voilà ! Je remercie chaudement les parents qui se sont prêtés au jeu des questions, surtout les paranos, les stressés, les névrosés, les dingos, les fusionnels, les fous d’amour pour leur enfant !

 

5 réflexions sur « Doudou papote avec Dr Doudou »

  1. j’ai repensé à cet article pendant que j’étais aux urgences pédiatriques cette nuit pour mon 4 mois … et l’interne… ahhh au secours l’interne… qui ne savait pas ce qu’était une couche lavable, qui n’avait que le mot doliprane en bouche, qui ne savait pas mettre une poche à recueil pipi (l’infirmière était top !!!), qui confond coliques du bébé et coliques néphrétiques (« la prochaine fois qu’il a des coliques néphrétiques donnez du doliprane »), et qui était bien embêté avec mon allaitement : on peut pas changer le lait pour éviter les reflux…. pffffff…

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s