Deux loups

Notre fille Marie a presque 2 ans, c’est notre petit trésor. Elle est adorable. Elle a bouleversé notre vie de la meilleure des manières. 

Elle a toujours été une enfant facile. Tout bébé, elle tétait régulièrement toutes les 2/3 heures, sauf la nuit bien sûr, elle demandait des câlins que j’étais si heureuse de lui donner ! Puis lorsque j’ai repris le travail, elle s’est parfaitement adaptée au nouveau rythme. Je la récupérais à 18h30,  elle tétait longuement en s’endormant souvent au sein, alors je pouvais faire un petit somme moi aussi sur le canapé … Puis je la prenais en écharpe pour faire le dîner, et nous mangions tous les 3. Je la couchais vers 20h30, pendant une bonne heure dans la pénombre à téter, et je profitais pleinement de ce moment d’apaisement. Souvent lorsqu’elle se réveillait dans la soirée et me rappelait, j’en profitais pour aller me coucher rapidement ! Elle a eu longtemps beaucoup besoin de moi le soir et la nuit, c’est toujours le cas, même si depuis peu elle dort dans sa chambre. Je me lève la nuit pour donner le sein, c’est rapide et facile ! Hop je dégaine et je la sens s’apaiser et replonger, parfois plus lentement …

Les week ends avec elle sont remplis de rires et de farces, elle adore ouvrir le rideau de douche … du coup on s’asperge, j’en profite pour la faire vider et remplir des petits pots d’eau … Le matin quand nous partons au travail, je sens que c’est difficile pour elle, elle refuse de se préparer, pleure, vient dans nos bras … surtout le lundi matin, elle nous cherche, on dirait qu’elle sait que la semaine commence elle fait le plein de papa/maman … petite choute … Avant on me demandait beaucoup si elle « faisait ses nuits », et maintenant et ben on a arrêté haha ! donc soit c’est chose acquise pour les gens (alors que pas du tout !), soit ils sont désespérés par le fait que nous ayons dormi avec elle aussi longtemps ! Mais en même temps, comment j’aurai pu faire ? Me lever 10 fois la nuit ? je serai morte et enterrée … alors oui je ne suis pas trop sortie (même pas du tout, bouhouuuu …) le soir ni rien, mais dans une vie qu’est ce que c’est 2 ans sans sorties ? Je sais qu’on se rattrapera, des restos en amoureux y en aura d’autres ! faudra bien qu’on s’occupe quand elle sera partie de la maison ! Et puis je vais vous dire un secret : je crois qu’on est prêts pour le 2ème ! 

 

Et voilà Anne, qui va avoir 2 ans. Et quelles années !! Elle nous en a fait bavé … personne ne nous avait rien dit, on a rien compris. A peine née, c’était un vrai petit pot de colle, elle voulait le sein tout le temps ! Même quand elle avait déjà mangé, il le lui fallait pour s’endormir, pour arrêter de pleurer … mais je suis pas un doudou ni une tétine moi ! D’ailleurs la tétine, elle en a jamais voulu. Comme dormir dans sa chambre, dans son lit … pourtant on l’avait payé cher son joli lit à barreau, on avait eu du mal à le choisir, y en avait au moins 40 modèles, c’est bien la preuve que tous les bébés dorment dans des lits à barreaux, enfin des lits normaux quoi ! Du coup je me levais, encore et encore … son papa a bien essayé mais elle ne voulait que moi. Et moi je ne savais plus ce que je voulais … tout le monde nous disait de la laisser pleurer, la laisser dans sa chambre … je n’ai pas réussi. Et le résultat, c’est qu’elle est encore plus collée à nous maintenant. Elle fait de ces caprices ! Pour changer la couche le matin c’est la bagarre ! Elle ne veut rien entendre, jette ses chaussons, crie, nous tire le pantalon … J’étais soulagée de partir au travail presque. Je redoute parfois le samedi, je sais qu’elle va être collée à moi, je peux même pas pisser tranquille. Les enfants de ma soeur ne sont pas comme ça eux ! Ils jouent seuls, s’endorment seuls, écoutent, obéissent … Qu’est ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi est-elle comme ça ? Tout le monde me dit que je suis épuisée, et c’est vrai. Que je devrai m’y prendre autrement avec elle … mais comment ? Cela n’aurait pas dû se passer comme ça ! Je regarde sur internet et tout, je vois bien, les mamans elles continuent de sortir, elles sont supers épanouies et heureuses … et moi … moi je ne suis plus rien. 

 

On vous offre un bébé en cadeau, là maintenant tout de suite, vous prenez qui, Marie ou Anne ?

Vous l’avez deviné, ces 2 petites filles sont les mêmes. Elles ont les mêmes besoins, peut-être un peu plus intenses que la moyenne des autres enfants.

Qu’est ce qui change dans ces 2 histoires alors, si ce ne sont pas les enfants ? Pourquoi a-t-on d’un côté une mère tellement épanouie qu’elle en est enquiquinante, et de l’autre une complètement paumée, au bord du burn out ? Est-ce parce qu’il s’agit de femmes différentes, qui n’ont pas la même résistance au manque de sommeil, pas la même vision bienveillante des besoins d’un tout petit, pas le même temps passé aux toilettes ?

Non je ne pense pas.

Ce qui change selon moi, et qui impacte si fortement sur le ressenti des parents et leur attitude, c’est le milieu de parentalité dans lequel ils baignent. La vision qu’à la société des enfants, des bébés, de l’équilibre collectif, de la « normalité » familiale.

Entendre ce matin, soit le 23 mars 2018, aux Maternelles, sur une grande chaîne, des professionnels de la petite enfance nous dire que l’enfant est manipulateur, machiavélique, qu’il veut séparer ses parents en se couchant au milieu du lit, mais putain de bordel de merde mais comment est-ce possible ?????

Je respire, je me calme. Pardon. Reprenons un ton raisonné. Inspire, expire, inspire, expire … MACHIAVELIQUE ????? MACHIAVEL … ????? Inspiiiiiiire …. expiiiiiiire … 

Comment voulez vous que des parents vivent sereinement cette période si sensible, si éprouvante, qu’est la toute petite enfance ? Période à laquelle rien ne nous prépare, excepté les magasins de puériculture qui veulent nous vendre quantités de trucs plus inutiles les uns que les autres, et dont les pages des prospectus présentent de jolies chambres de bébé alors que le nôtre de bébé, il en a rien à foutre du ciel de berceau et que ce mobile en édition limitée qui a coûté la peau du cul ne l’endort pas du tout (je redeviens vulgaire. inspiiiiire …. expiiiiiiire).

Alors qu’il serait teeeeeellement plus simple de dire la réalité : le bébé puis l’enfant n’a que vous. Vous allez être sa (p)référence, son phare, sa lumière, il va tout vous confier, tout vous faire partager : la douleur des coliques, les canines, les angoisses de la séparation, la découverte des émotions, l’explosion du langage, la lutte contre la gravité pour tenir debout, l’amour inconditionnel qu’il vous porte. Et que bon, bah pendant un moment, faudra faire avec.

Et donc accompagner les parents également, et toute la famille finalement. Comprendre leur désarroi, lever les tabous sur le sommeil, l’obéissance, l’indépendance de l’enfant, pour qu’aucun parent ne finisse en larmes dans la salle de bain en se demandant où et quand il a merdé. Et qu’elle avait bien raison Tata Odette, on aurait jamais dû l’habituer aux bras. Et que tout ceci est notre faute, et qu’on l’a bien cherché.

Et pourtant, ce n’est pas parce qu’on est à fond pour son môme, qu’on est maternant, portant, supportant … qu’on a pas le droit de se plaindre. Car merci la société (et la Tata Odette, et les connasses des Maternelles …) de nous envoyer dans la tronche « ah bah en même temps tu le savais que t’allais devoir lui donner le sein la nuit/te niquer le dos avec ce porte bébé/te prendre la tête avec tes phrases en tournure cheloues pour te faire obéir ». Un peu comme si je disais à une hôtesse de l’air « ben ok tes talons de 10 cm ils te font mal aux pieds, mais bon fallait pas être hôtesse de l’air quoi ». WTF, quel rapport ?

Changeons notre regard sur l’enfant, sur les parents désemparés, hirsutes, épuisés. Nourrissons le loup de la bienveillance pour que ces années si difficiles ne le soient pas davantage, et que seuls les bons souvenirs restent.

Ceux des batailles de farine, des paquets de pâtes éventrés, des ruses pour un brossage de dents, des batailles de petites voitures le dimanche à 6h du mat.

 

 

Un soir, un vieux Cherokee parle à son petit fils de la bataille qui fait rage en chacun de nous.

– Mon petit, dit-il, c’est une bataille entre deux loups.

Le premier est mauvais. Il est la colère, l’envie, la jalousie, le regret, l’avarice, l’arrogance, l’apitoiement sur soi-même, le ressentiment, l’infériorité, le mensonge, l’orgueil, la supériorité et l’ego.
Le second est bon. Il est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité, la vérité, la gentillesse, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la compassion et la foi.

Le petit garçon réfléchit une minute puis demande :

– Lequel des deux gagne ?

Le vieux Cherokee répond simplement :

– Celui que tu nourris.

4 réflexions au sujet de « Deux loups »

  1. Je suis tellement d’accord avec toi!!
    Mes oreilles me brulent d’entendre parler de caprices, enfants dur, enfants rois, parents laxistes…Mes oreilles me brulent et mon coeur est lourd quand je pense à ces enfants, certes pas malheureux, mais incompris tout de même…

    Aimé par 1 personne

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