Doudou papote avec Lisa

Le temps est venu pour moi d’aborder un sujet particulièrement sensible.

Je suis prête à essuyer les jets de tomates, les regards accusateurs, les moues de dégout. Ces mêmes réactions que j’aurai eu il y a seulement quelques mois si on m’avait parlé de … grossesse pour autrui.

GPA. 3 lettres qui suffisent à provoquer des hauts le coeur à certains et des larmes d’espoir à d’autres.

Avant de vous donner mon point de vue, je vous propose de rencontrer Lisa, qui a accepté de répondre à mes questions, et au nom de toutes les femmes demandeuses de GPA, je l’en remercie infiniment … Je remercie aussi Marie, qui a accepté le partage de photos. D’ailleurs à propos de photos, je n’ai peur de rien, et vous laisse découvrir ci après la réalité d’un accouchement à la maison (et ouais, Lisa, c’est une warrior).

 

  • Peux tu nous faire une petite présentation ? Âge, famille, endroit où tu vis ?

J’ai 31 ans, je suis maman de trois petits loups, nous vivons à Bruxelles. Je suis maman au foyer et leur papa est chef de cuisine.

  • Parles nous de ta 4eme grossesse.

Je ne suis pas tombée enceinte pour cette grossesse.

C’est une grossesse « implantée » afin de permettre à une amie d’avoir aussi un enfant.

Grâce à l’équipe de l’hôpital St Pierre, qui a soutenu et encadré le projet, on a pu faire un transfert d’embryon. J’ai donc porté un bébé pour une amie qui ne pouvait pas le porter elle-même.

  • Cet embryon est il issu d’un de tes ovocytes ?

Mon amie est née sans utérus, ses ovaires ne se sont pas développés.

Elle a donc du faire appel à un don d’ovocytes (qui a été fait par une de nos amies d’ailleurs)

Les spermatozoïdes sont bien ceux du papa, et les ovules lui ont été donnés, mais ce ne sont pas les miens, je n’ai pas de lien biologique avec leur enfant.

  • Comment l’idée vous est venue à tous et comment a-t-elle pris forme ? 

Je ne sais pas à vrai dire … on savait qu’elle ne pourrait pas porter son enfant et qu’elle cherchait une mère porteuse, et au début je me disais que je ne serais jamais capable de le faire.

Mais sans que j’y fasse attention l’idée a fait son chemin, et quand on a décidé de reporter l’idée d’un 4eme enfant (avec mon homme) je me suis dit qu’en fait je pourrais quand même avoir une 4eme grossesse …

C’était pas très clair dans mon esprit à ce moment là …

Mais quand j’en ai parlé à mon homme, il a su lire entre les lignes et il m’a dit que si je souhaitais le faire, il me soutiendrait.

Ca a été le déclic.

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  • Quelle est la législation en Belgique sur la GPA ? De quoi et comment étais tu protégée en tant que mère porteuse ? 

En Belgique il y a un vide juridique, alors ce n’est ni légal, ni illégal. C’est au cas par cas en commission dans les hôpitaux qui la pratiquent, un psy ainsi qu’un juriste suit les couples.

Il n’y a pas vraiment de protection. Mais pour personne.

Car en Belgique, la femme qui accouche est la mère légale et le reste obligatoirement les 2 premiers mois de l’enfant, après seulement elle peut faire adopter « son » enfant.

Donc légalement j’aurai très bien pu décider de garder cette petite puce

Les parents ne sont donc pas du tout protégés.

  • Comment s’est passée la grossesse pour toi ? Quels ont été les rapports avec les parents à chaque étape importante ? 

La grossesse a été assez compliquée, assez fatigante pour moi. Mais une grossesse avec 3 enfants dans les bras c’est forcement épuisant. Les parents étaient présents à chaque rendez-vous, on se voyait aussi en dehors du cadre médical. Et au milieu de la grossesse quand j’ai commencé à être vraiment épuisée et à contracter fort, la maman s’est relayée avec mon homme pour emmener et récupérer mes petits à l’école afin que je limite mes trajets et me repose un maximum.

  • Et l accouchement ? L’accueil du Bébé par ses parents ? 

J’ai accouché chez moi et ça s’est très bien passé ! C’est la maman qui l’a prise la première dans les bras (et non notre sage femme), ils ont pu être les premiers à la prendre, la câliner, l’accueillir vraiment …

C’était un beau moment …

  • Wahou accouchement à domicile en plus !

Comme pour mon petit 3eme, avec le même sage femme en plus !

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  • Et maintenant, quel avenir dans vos rapports respectifs ? 

Les mêmes que ceux qui préexistaient, nous sommes amis et nous continueront à nous voir régulièrement, a voir grandir nos enfants ensemble.

  • Comment allez vous expliquer à la petite puce l’histoire de sa conception ?

En lui racontant tout simplement !
La maman a prévu de faire un livre pour enfant sur le sujet.
Elle compte lui raconter son histoire dés qu’elle voudra en parler, j pense en fait qu’elle lui en parle déjà mais c’est pour le moment une discussion a sens unique 😉

  • Ton plus beau souvenir dans cette aventure ? Et le plus douloureux … 

Le plus beau je dirais le jour de la naissance, tellement de joie, tellement d’amour, c’était juste un feu d’artifice de belles émotions !!

Le plus douloureux, c’est sans aucun doute le jour ou j’ai trop contracté et ou on a décidé que je ne ferais plus les trajets vers l’école …

Au retour de l’école je contractais beaucoup, au point ou je me suis allongée, j’avais très mal, je me sentais mal … la maman est venue pour m’aider car pendant que mes deux grands sont a l’école j’ai mon petit de 2 ans avec moi et je me sentais si coupable, j’avais l’impression de faire du mal au bébé mais aussi de le séparer de ses parents.

Cette situation particulière n’avait pas vraiment de logique dans ce moment ou rien n’allait, j’avais juste l’impression d’être un rempart douloureux entre eux.

J’ai passé la journée à avoir mal alors ca n’a pas aidé à rester claire dans mes pensées. Après ça mon homme et la maman ont pris le relais dans mon quotidien et les choses se sont calmées.

La petite est même née 3 jours plus tard que prévu !

(Elle est née fin janvier de cette année on a fait l’insémination en mai 2017)

  • Une phrase pour convaincre les détracteurs de la GPA ? 

Je ne sais pas trop, à vrai dire je ne cherche pas a convaincre.

C’est quelque chose qu’on ressent ou non. Ce qui est sûr, c’est que personne (ou presque) n’est prêt à le faire pour des inconnus, tant que ça reste l’idée abstraite de « donner un enfant ».

Mais ça n’a rien à voir.

Quand ça devient personnel, quand ça touche les gens qu’on aime, des personnes qu’on ne veut pas voir malheureuses, des personnes qu’on a envie d’aider, ça prend une forme bien différente dans notre esprit et dans notre cœur.

Alors je ne suis pas spécialement pour ou contre la GPA, pour moi ca a été une question de timing, je me suis rappelée les années qui ont précédé mes bébés à moi, les fausses couches, le désespoir de se dire que ca n’arriverait peut être jamais. Je sais que j’aurais été vraiment malheureuse sans mes enfants.

9 mois dans ma vie ont pu complètement changer la leur.

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L’équipe au complet !

 

A la minute où j’écris ces lignes, j’essaye de dérouler la pelote de ma réflexion, comment en suis-je arrivée à être pour la GPA ?

Il y a donc quelques mois, la GPA me faisait peur. Je voyais d’abord les potentielles dérives, un trafic glauque de femmes démunies et de bébés arrachés au ventre de leur mère, privés de ce qu’ils avaient connus pendant 9 mois. J’imaginais des épisodes de New York unité spéciale, le corps d’une immigrée slovaque retrouvé éventré à central park, un bébé disparu … Bref pour moi la GPA c’était non.

Et puis en l’espace de quelques semaines, j’ai fait 3 rencontres (virtuelles ou réelles) qui ont bouleversé ma vision des choses. La 1ere fut donc Lisa, sur un groupe facebook. Je savais qu’elle était enceinte, mais quand elle a commencé à parler « des parents de la petite », je me suis dit « gloups … c’est pas possible ?! « . Et puis elle nous a expliqué avec les mêmes mots, avec tant de douceur et de naturel, que peu à peu, j’ai compris que ce que je pensais être un trafic de bébé était juste un acte d’une générosité et d’une pureté inouïe. J’ai suivi la fin de sa grossesse, l’accouchement et les mois suivants où tout s’est parfaitement déroulé pour tous les protagonistes de la naissance de cette petite fille.

Dans le même temps, se sont présentées à moi 2 femmes infertiles, toutes les 2 jeunes, privées de la possibilité de porter un enfant suite à un cancer. L’une n’a pas d’enfant. L’autre par chance a déjà un bébé de 9 mois, a été opérée par la suite, et est en douloureux travail de deuil d’un autre enfant qu’elle ne portera plus jamais …

Et là je me suis dit merde. Ces rencontres faisaient ricochet à celle de Lisa, et j’ai bien été obligée de me rendre à l’évidence : ces femmes pourraient avoir un enfant par GPA si cela était légal en France. D’autant qu’elles avaient eu des propositions d’amies pour porter le dit enfant …

Alors oui, il faut des conditions éthiques inflexibles à la GPA pour que les parents, la mère porteuse, et surtout le bébé soient protégés de récifs douloureux aussi bien physiquement que mentalement. Il faut que ce soit gratuit bien sûr, que la mère porteuse ait déjà eu son quota d’enfants, que les parents et elle soient d’accord sur la suite des relations qu’ils entretiendront, sur ce qu’ils raconteront au bébé, que tout cela soit encadré par des professionnels, étudié au cas par cas, bref qu’on se penche sérieusement sur la question.

J’ai choisi délibérément de vous livrer le témoignage de Lisa, pour éviter l’écueil de la pitié envers les femmes infertiles (car cela serait trop facile) et pour vous montrer l’autre côté de la GPA, celui de la générosité, de l’amour, de la bonté brute.

Voici le lien vers son blog, où elle raconte avec émotion son accouchement : https://loup-lou-andco.blogspot.fr/2018/01/AAD-GPA-naissance-a-domicile.html

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Doudou papote avec Lisa »

  1. Merci pour nous faire connaître le vécu d’une mère porteuse. Il est vrai que les médias mettent davantage en avant le côté payant et le risque de la dérive de « vente du ventre ». Mais ce témoignage rappelle que cela se fait d’abord par connaissance de la situation personnelle. De ce fait, si les différentes questions se posent en amont, je ne pense pas que l’enfant soit perturbé. La possible exigence que la mère porteuse ait déjà un ou des enfants serait, selon moi, une sécurité contre l’envie de garder l’enfant pour soi (la mère porteuse). Ce type de situation et de témoignage devrait être connu par les élus qui réfléchissent à la question de la GPA.

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