Barbara Gould

 

Je me souviens, plus jeune, que je me projetais vers une période de ma vie que je situais vaguement entre une adolescence plus ou moins libératrice, et une situation familiale posée planplan. J’avais en tête plusieurs images de femmes que j’admirais (ma mère en premier lieu), des workings girls citadines, ou bien des agricultrices soulevant des montagnes à pleines mains.

Des femmes belles, rayonnantes, fortes, le regard brillant et les dents plutôt longues, dont le temps ou la fatigue n’altèrent ni le charme ni la beauté. Bref, des femmes Barbara Gould (si toi aussi t’es née dans les années 80, tu sais de quelle pub je parle).

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Et donc cette Barbara a pris dans mon esprit au fil des années plusieurs formes. Tour à tour femme d’affaire autoritaire à la Sandra Bullock, chanteuse folk aux longs cheveux ondulés à la Janis Joplin, intellectuelle de gauche traînant ses savates rue de Rennes (ma mère).

Progressivement j’ai commencé à me figurer que Barbara aurait aussi une famille. Un mari qui lui ressemblerait, des enfants, au moins 2 ou 3. Soit elle foncerait dans le métro entre la nounou et la réunion de 8h30, soit elle s’occuperait de la vidange de la nouvelle cuve à cognac tout en cousant le costume de fraise géante de la grande.

Mais jamais au grand jamais Barbara ne ploierai face au lot quotidien, au site de Leclerc Drive qui plante, à la cantine de l’école qui fait grève ou à des escarpins pas confortables.

D’où me venait cette image ? De la pub, naturellement, et aussi car, étant née dans les années 80 (je suis vieille au cas où vous n’auriez pas compris), j’ai hérité de tout le bagage féministe créé dans les années 60/70. L’égalité hommes femmes, les droits de la femme, la reconnaissance au travail, l’accès égal aux études, à l’argent, à la sexualité … la liste est longue.

Et donc, il ne s’agissait certainement pas de remettre en question ce modèle de la femme libre, forte indépendante, qui menait tout de front et menait sa vie d’une main de maîtresse, tambour battant.

Se préparer minutieusement une carrière, être une épouse pimpante, être une mère ferme et aimante, faire sa séance de yoga à 5h du matin, connaître la liste des aliments riches en omega 3 (et pas de gluten ! et pas de plv !), préparer les compotes maison servies dans des gourdes réutilisables, réussir son smokey eye à tous les coups, s’habiller avec des fringues piquées dans le dressing de Christina … Bref la liste est longue.

Et ben Barbara … toi et moi on est plus copines.

Maintenant je vois que tu es loiiiiiiiin de(vant) moi …. Que tout ce que tu m’as fait miroiter, c’est du flan Alsa (alors que c’est facile à faire en plus, du flan). Que c’est impossible d’être aussi belle et inoubliable que toi, de construire sa vie dans les moindres détails, de défendre sa taille 38 et sa recette de boeuf bourguignon vegan.

Alors oui je suis déçue. Pas déçue de ne pas coller à cette image, mais déçue qu’on m’ait fait croire à wonder Barbara.

Rapidement la suite de ma réflexion s’est portée sur ceux qui avait « créé » Barbara. Ou celles. Les puristes diront que c’est une image inventée par les hommes pour plaire aux hommes. Moi je crois qu’il y a aussi une image inventée par les femmes (celles des années 70 donc), pour leurs filles, pour bien leur montrer qu’elles pouvaient réaliser leurs rêves et maîtriser parfaitement leur existence. Et ça c’est super. Parce que si moi ça m’a fait rêver étant plus jeune, probablement que ce fut le cas pour d’autres qui se sont vraiment retrouvées en Barbara (et qui sont devenues des Barbara, comme quoi, c’est possible sûrement, c’est moi qui n’ai pas réussi …).

Le problème, c’est que Barbara a aussi une fâcheuse tendance à l’intransigeance. Pas le droit de se plaindre, de tâtonner, et pas le droit d’abandonner ce qui est considéré désormais comme des libertés acquises.

On me dit dans l’oreillette que Barbara se prend parfois pour une dénommée Elisabeth, dont l’interview (édifiante) se trouve içi . Et cette Barbara là ne me plaît pas du tout. Déjà, foncez à la dernière phrase, vous verrez qu’elle manie un des piliers de l’éducation VEO : la menace.

Elle dresse les femmes les unes contre les autres, sous entendant qu’il faut choisir son camp : femme libre, poitrine remontée, enfants maîtrisés, et de l’autre, femme asservie, seins tombant (l’allaitement toussa toussa), maison bordélique de DME et autre liberté artistique de gamin incontrôlable.

Et bien moi je ne peux pas choisir.

J’estime être une femme libre, qui a choisi de « tout » vouloir, comme Barbara, mais qui patauge dans la semoule (ou les pâtes, ou le riz, bref un truc facile à faire le soir à 19h). Cette liberté me donne le pouvoir de décider d’être aussi et avant tout une maman (elle a dit « avant tout » !! elle se sacrifie, elle est enchaînée à sa vie de bobonne) .

Et bizarrement la Barbara maman que je suis, elle assure. Elle se sent bien, forte, confiante, belle, épanouie, comme par hasard, depuis la naissance de mon tout doux, et à chaque fois que je parviens à répondre à ses besoins (c’est à dire euh 34900 fois par jour).

Suis-je asservie à mon rôle de mère car je ne peux pas passer des week-ends à boire des mojitos par monts et par vaux et que je me couche avant 23h30 quoi qu’il arrive parce que je sais que les grasses mat c’est de l’histoire ancienne ? (pour l’instant héhé … ) Mais non pas du tout, au contraire. Je ne me suis jamais sentie aussi confiante, aussi insubmersible … Et je sais que c’est le cas de beaucoup d’entre vous qui me lisez également.

Mais alors, peut-on être maternante et défendre la cause des femmes ? Les couches lavables sont-elles vraiment la cristallisation du retour à la femme au foyer ? J’avoue,  j’ai passé mon tour sur ce combat. Mais quel rapport entre un retour à un aspect plus naturel de notre société (couches lavables, nourriture plus saine et écolo, jouets en bois …) et le retour de la femme aux fourneaux ?

Je n’en vois aucun. Déjà parce que mon mec fait l’intégralité du ménage de la maison. Genre l’aspirateur, je ne sais même plus où il est. J’estime que les tâches sont parfaitement réparties, et il en serait de même si on se tournait encore plus vers la nature (notre potager se constitue de 3 plants de tomates, de la ciboulette, du thym, de la coriandre, on est loin de l’autonomie alimentaire).

Et pourtant Barbara est loin d’être morte. Elle connaît même un redoutable retour en grâce, car maintenant il faut ET maîtriser la maternité, ET avoir une vie sociale branchounette. A ce sujet, je vous confiais déjà que la branchitude, c’était plus vraiment ma priorité.

Alors bien sûr, si on m’offrait là maintenant tout de suite, une soirée sur une plage à Tahiti (ou même au Touquet, je suis pas difficile) avec musique, cocktails, galante compagnie maritale, et nuit de débauche, je ne dirai pas non.

Mais cela représente-il vraiment mon image Barbara Gould ?

Et bien plus maintenant … Ma Barbara, celle qui me dit bonjour le matin, qui prend soin de moi, qui sait apprécier le café sur la terrasse après une courte nuit, et la douceur d’une soirée au clair de lune, le chat sur les genoux, ma Barbara Gould, c’est moi.

Et vous, comment est-elle votre Barbara ?

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