Dessine moi un mouton

Aujourd’hui j’aborde un sujet de fond, un sujet costaud en matière d’éducation et de parentalité. Levez la tête, vous la voyez celle du fond arriver avec ses gros sabots ? C’est moi. J’ai même des grelots à mes sabots, façon plateau du Larzac.

Nous allons parler d’adultisme. Atchoum.

Il s’agit hiérarchisation au sein du cercle familial qui implique une discrimination de l’enfant. Autrement dit un peu comme du racisme ou du sexisme mais qui oppose les adultes aux enfants, les adultes se sentant « supérieurs » et considérant les enfants, leurs émotions, besoins, envies, comme « inférieurs ».

Dit comme ça, cela parait impossible. Oui oui je vous entend : nan mais on est en 2018, on aime nos enfants nous, jamais on ne ferait une chose pareille !

Je vous met à l’aise tout de suite, la loi française le fait. Puisque les coups sur les adultes sont punis, mais pas ceux sur les enfants. Oui la fessée est un coup. Une main, un peu d’élan, le corps d’une autre personne qui ne veut pas de cette main sur soi, le contact rapide et forcé, éventuellement une douleur s’en ressentant … C’est un coup. Et tous les jours 2 enfants meurent sous des coups.

Quittons la salle du juge et les cas sordides dignes de la 14ème saison de New York unité spéciale pour rencontrer d’autres violences qui ont encore de beaux jours devants elles, les douces violences ou violences éducatives ordinaires. Je vous épargne la liste, longue comme le bras, et vous renvoie vers la désormais célèbre association stop veo.

slogan-pourquoiVEO-300x163

Leur gros de pub c’est ce clip, que vous avez forcément vu  un peu partout.

Ce sujet des douces violences divise car nous avons tous une vision et une sensibilité différente, héritées de notre propre éducation, de nos projections sur nos enfants et enfin de la définition même de violence. Clairement, je ne me sens pas les épaules pour mener le débat, d’autres le font beaucoup mieux que moi.

Par contre, pour l’adultisme, je me suis un peu chauffée cette semaine sur Instagram avec d’autres mamans, au travers d’une grande campagne de sensibilisation à l’adultisme. Un peu comme l’affaire Benala sur BFM, on ne vous a pas lâché.

Je vous remet une autre définition de l’adultisme, version 23h après 4 ou 5 bières : c’est quand tu traites moins bien un gosse, lorsqu’il a les même réactions qu’un adulte.

Je me ressert une bière et j’enchaîne directement sur un exemple : imagine, t’invites tes voisins à un barbecue. Jean Claude du 3ème étage est un peu éméché et casse un verre.

Réaction 1 : Ah mais c’est pas possible Jean Claude !! Je t’avais dit de faire attention, je savais bien que tu finirai par casser ce verre ! Maintenant je vais devoir ramasser, nan mais arrête le fais pas tu vas te couper, arrête j’ai dit !! Oui ben t’es pas content et ben c’est comme ça. Et pour la peine t’aura pas de chipo supplémentaire !!

Réaction 2 : Ah zut, oh ne t’inquiète pas JC, ça arrive … oui la balayette est là bas, merci. Ahlala ce verre était moche de toute façon je rêvais de m’en débarrasser depuis des lustres !

Vous y êtes ? Il y aurait des dizaines d’exemple comme celui là. Situation avec un enfant à transposer avec un adulte, analyse rapide des réactions de l’entourage et bingo, adultisme à tous les coups.

37843719_1461999497233433_3248802829942390784_o
Illustration de FANNY VELLA

D’un point de vue émotionnel voici un autre exemple.

Votre conjoint(e) rentre d’une journée compliquée, son patron l’a fait chier, il a tâché son costume préféré, avait oublié son parapluie. En soit, rien de trop « grave » mais une somme de petites choses qui justifient qu’il rentre à la maison en bougonnant.

Réaction 1 : Oui ben c’est bon, tu es rentré maintenant, allez arrête ta comédie. Non je ne te ferai pas de câlin supplémentaire, faudrait pas que tu prennes l’habitude surtout !!

Réaction 2 : Je te sers un apéro ? ça n’a pas l’air d’aller, peut-être que si je te fais couler un bain ça irait mieux … Allez et on se fait un bon film ce soir avec un plateau télé, ça nous fera du bien.

Et que celui qui n’a jamais dit « oh mais ça va arrête ton cinéma » à un enfant me jette la 1ère pierre. Surtout le soir à 18h45, quand le grand s’est muté en Kraken dans la salle de bain et que la petite hurle en ne sachant pas si elle veut se greffer au sein ou les déchiqueter avec les dents.

Le fait de nier ou minimiser les émotions d’autrui c’est humain et ça s’applique envers chaque âge de la vie. Le hic avec les enfants, c’est que dans leur cerveau en formation avec neurones miroirs et tutti quanti, les conséquences sont celles que nous connaissons, celles des douces violences : fragilisation de l’élaboration de la confiance en soi, de l’estime de soi ; perturbation du développement de l’enfant.

C’est un frein pour se sentir autonome, et trouver sa place dans la famille, le groupe.

Alors ok ok on veut tous être des supers parents, faire de la bienveillance, en finir avec les douces violences … mais c’est pas toujours facile.

Comment faire pour éviter de tomber dans l’abîme sans fond de l’adultisme ? Simplement se poser la question déjà « est ce que mon comportement avec mon enfant est respectueux de ses émotions et de ses besoins ? ». Juste se poser la question, je vous jure, c’est un énoooooorme pas en avant. Et progressivement, situation après situation, se rendre compte qu’on aurait fait différemment s’il avait s’agit d’un adulte.

Respecter l’enfant autant que l’on respecte un adulte ce n’est pas chose aisée.

Souvent on impose nos décisions « pour son bien », « pour le préparer », « pour qu’il prenne de bonnes habitudes ».

Voilà les mots que je pose là dessus :

  • Une fois le besoin comblé, l’habitude peut changer. (Je la propose à l’épreuve de philo du bac en 2019 ?).
  • L’enfant est un enfant, considérons le comme tel, et pas comme un futur adulte. Il a le temps.
38412152_1473495239417192_5368456666117308416_o
Illustration de FANNY VELLA

Voilà voilà, je suis un bisounours au poing levé (viser la luuuuuuuuuune), je lutte contre les VEO.

En réalité, le vrai sujet de mon article aujourd’hui, c’est que lors de cette semaine de sensibilisation, j’ai débattu, argumenté, disserté avec d’autres parents (ceux qui font des gâteaux végans et tout et tout) et il s’est opéré en moi une remise en question de A à Z.

Car oui je pratique l’adultisme, et même l’âgisme. Pour une même plainte, un même discours, mes réactions sont différentes selon s’il s’agit d’un adolescent, d’une personne âgée, d’un enfant. Comme si, au contact des personnes les plus faibles, naissait en nous un autoritarisme malsain, un besoin d’asseoir sa propre confiance en soi, ses propres bases que l’on sait trop friables.

Et le coup de bambou sur ma cafetière (et dieu sait si je consomme beaucoup de café), ça a été de rapporter ces intuitions à ma pratique professionnelle avec les patients. Qu’on se le dise, le milieu de la médecine française n’est pas bienveillant. Certainement pas entre nous (marche ou crève), et pas non plus avec les malades. On dit « mon patient », « il n’a rien compris », « il n’en fait qu’à sa tête », « il avait qu’à arrêter de picoler » (pour les médecins les plus cons). On hiérarchise, en fonction des profils des gens, ce qu’ils dégagent. Oui c’est humain, oui on le fait tous et tout le temps … Mais ce n’est pas pour autant normal.

Ce soir je brise un tabou. Il y a encore 2 semaines je parlais du « syndrôme MGEN ». Il s’agit d’un syndrome qu’on emploie parfois en médecine pour qualifier un patient de chiant. Il est prof, il croit tout savoir, il me fait la leçon. Oui vous avez bien lu, quand on voit MGEN sur la carte de mutuelle, on se méfie.

Et ce soir j’ai honte.

Honte de ce syndrome MGEN et de tant d’autres discours que j’ai pu avoir envers des patients. Des discours où je leur faisais peur, où je les menaçais, où je leur faisais du chantage. Des discours comportant de douces violences à la pelle. Pour leur bien toujours.

Et lundi, j’arrête. J’arrête de dire « mon » patient (et refuserai qu’un chef parle de moi comme étant « son » interne). J’arrête de dire que le mari de Mme Machin est pénible parce qu’il veut tout connaître de son hypercalcémie (alors qu’à 38 ans, elle a failli y passer il y a 4 mois). Que celui de Mme Truc est vraiment super gentil lui par contre.

A chaque décision à prendre, j’informerai simplement, sans jugement ni infantilisme, des tenants et aboutissants, et je respecterai. J’arrêterai de minimiser, d’interpréter, d’extrapoler. Faire confiance à mon 6ème sens pour anticiper les réactions des gens oui, mais gêner leurs appréciations ou émotions, non.

Je ne garantie pas d’y arriver toujours, mais croix de bois, croix de fer, si je mens je rend mon stétho.

Un immense merci à toutes les participantes du collectif MUM, surtout à Elodie et Océane. Vous n’imaginez pas ce qui s’est passé dans ma tête cette semaine !! (entre les questions existentielles « jupe en dessous ou au dessus du genou », « mayo ou ketchup dans mon américain » ?)

On est bien d’accord que la conclusion de tout ça c’est : soyons des bisounours bienvieillants avec tout le monde et le monde sera plus heureux et y aura plus la guerre. Hmm hmmm … qui d’autre qu’un enfant pourrait prononcer cette phrase ?

Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes.

Le petit Prince, St Exupéry.

 

Vous pouvez retrouver d’ autres articles içi chez Julie, et sur la video d’Elodie.

 

 

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s