Carnet de santé

Cela ne vous a pas échappé, nous sommes en hiver. Et donc c’est la merde atomique, tous les petits nez coulent, les gorges raclent, les pipettes de doliprane se lamentent sur leur état de machouillement avancé (l’advil lui, reste au placard hein !).

Bref, on est tous malades comme des vaches espagnoles, et autant moi je peux vous dire clairement « mon nez ne fonctionne plus, mes oreilles battent le tambour et y a le feu dans ma poitrine », autant le tout petit enfant, à part hurler, têter, et alourdir encore la dette en sommeil de ses parents d’un demi siècle, ne peut pas faire grand chose.

Tous les parents amènent leur progéniture chez le médecin, dans l’espoir d’éliminer une maladie grave et surtout de trouver un remède pour diminuer les glaires et la fièvre.

En tant que maman, je suis aussi démunie que vous. Rien ne fonctionne, ça tousse, ça mouche, ça pleure, (moi y compris), bref on se refile les microbes à la maison et on en chie.

En tant que (presque) médecin, je vois du coup davantage d’enfants à cette période, et l’une d’entre vous (que je remercie chaudement) m’a soufflé une idée d’article : raconter comment se déroule, ou devrait se dérouler, une consultation avec un tout petit.

Il faut dire que bon nombre de parents sont échaudés par des consultations qui se passent mal, des professionnels qui se permettent des jugements éducatifs, des attitudes malveillantes ou pire encore. Nous même avons eu le dégoût de tomber sur un ORL qui a secoué notre petit garçon de 20 mois car il pleurait lors de l’auscultation.

Voilà donc mes différentes astuces pour que tout se passe au mieux avec un petit, et qu’il ne soit pas traumatisé à vie. Je parle de consultation en cabinet, car aux urgences il y a de fortes chances que ça se passe mal, d’abord car l’enfant a attendu 5 heures, que les parents n’en peuvent plus, et que l’interne ou le médecin qui fait la consultation vient d’enchaîner 70 heures de travail dans la semaine. De l’indulgence envers tout le monde, s’il vous plaît.

Alors quand l’enfant arrive, je commence par lui dire bonjour. Incroyable n’est-ce pas ? Je lui dis bonjour et je dis son prénom, mais je ne m’approche pas, je ne le touche surtout pas.

Installez vous, oui oui enlevez les manteaux, avez vous le carnet de santé ? Qu’est ce qui vous amène ? Un peu de blabla avec les parents et je profite de ce temps pour observer l’enfant. Est-il inquiet ? joueur ? A-t-il bonne mine ? Respire-t-il difficilement ?

Puis vient le temps de l’examen médical à proprement parler. Allez venez, je vous laisse commencer à le déshabiller. Nous continuons à parler, je reste à côté de l’enfant, je ne le touche toujours pas, mais je tente quelques approches sourires/grimaces/gazou gazou, pas toujours auréolées de succès.

Je me suis assurée qu’il fait assez chaud dans la pièce, si c’est un nourrisson j’éteins la lumière et je ne met pas de papier en dessous, dont la texture ou le bruit pourraient le gêner. En consultation de suivi, je pose alors les questions de développement classique de l’enfant « que fait-il ? se retourne il ? sourit il ? pleure il beaucoup ? et les repas ? … ». Si c’est pour un problème aigu, je demande tous les détails de la maladie, fièvre, nausées, vomissements, diarrhées … D’une part pour être certaine d’avoir toutes les infos et d’autre part pour permettre à l’enfant de s’habituer un minimum à moi.

Je sors mon stéthoscope et le laisse éventuellement jouer avec ou j’en prend un autre. Soit il accepte que j’écoute coeurs et poumons posay baybay sur la table, soit il a peur et zou, je le renvoie illico dans les bras des parents. Parce que dépister un souffle cardiaque ou entendre des sibilants expiratoires, déjà que ce n’est pas une mince affaire, mais avec des pleurs dans les oreilles, c’est mission impossible.

La suite de l’examen relève donc d’un savant jeu d’équilibre, où je vais tout faire pour que l’enfant ne pleure pas, quitte à me faire un tour de rein pour l’ausculter dans une position des plus acrobatiques.

Lorsqu’il s’agit d’un enfant de plus de 2 ans, j’abat mes cartes de communication positive en lui proposant de décider de certaines choses. « Je vais devoir regarder ta gorge et tes oreilles, tu préfères que je commence par quoi ? D’accord et quelle oreille ? Si tu ouvres suffisamment la bouche de toutes tes forces, je n’aurai pas besoin de mettre le bâton, vas-y montre moi comme tu sais bien le faire ! Et zou, on va voir comment tu as bien grandi et grossi ! ».

Parfois ça marche, parfois non.

Le plus délicat reste l’auscultation des oreilles. Délicat pour moi, car c’est difficile de base de bien voir tout le tympan, de bien être sûre qu’il est épaissi, ou bombé, ou hypervascularisé, et donc de prendre les bonnes décisions à l’instant T de l’auscultation. Délicat pour l’enfant car il peut avoir mal, que la peur l’envahit à la vitesse d’un cheval fou et que bien souvent rien ne peut la calmer … Il faut alors ne pas traîner car plus on attend, plus la peur grandit et se mue en panique incontrôlable.

Je compte alors bien sûr sur les parents pour contenir l’enfant, physiquement, le plus possible. Car tout contact un peu musclé, sera toujours mieux supporté par l’enfant s’il est effectué par un corps qu’il connaît.

Et là il n’y a pas le choix … je dois voir absolument ce putain de tympan. Nous sommes obligés d’obliger l’enfant à subir l’examen. C’est pour ça qu’on le fait toujours toujours, à la fin de la consultation, pour ne rien lui infliger ensuite comme stress supplémentaire.

Je ponctue tout l’examen par des « oh bah oui c’est normal d’avoir peur, ohlala bravo c’est un très gros effort que tu fais » etc. Sans trop en faire hein, mais cela me permet d’une de rassurer l’enfant, et de sentir un peu la réaction des parents … Je profite de la moindre occasion pour leur apprendre ou rappeler le B-A-BA de la parentalité pleine conscience et du développement du cerveau du tout petit.

Une fois que tout ça est terminé, et que le calme est revenu, je profite du temps à remplir le dossier ou le carnet de santé, pour soulever des problèmes qui prêtent davantage à la confidence … comportement de l’enfant, fatigue des parents, sommeil, exposition aux écrans, conflits familiaux éventuels … généralement après toutes ces émotions, et si j’ai réussi mon pari d’avoir instauré un climat de confiance avec les parents, la glace se brise et j’obtiens de vraies informations, gênantes, troublantes, douloureuses.

Il arrive parfois que je parle aussi de moi, de mon expérience de parentalité, très souvent en ce qui concerne le sommeil et le cododo, l’allaitement ou la DME.

Après 2 ans et demi de nuits incomplètes, j’ai le nez pour renifler certaines choses … A la mère qui n’ose pas m’avouer que le bébé dort avec elle et le mari dans la chambre d’ami, je lui répond avec un sourire « ah mais méfiez vous, une embuscade sur le canapé est vite arrivée … » Parfois les larmes de fatigue, que dis-je, le torrent de larmes coule, j’essaye de redonner espoir, confiance, force. « Nan mais je vous jure que vous allez y arriver. Protégez-vous, mentez si besoin, et le sommeil n’est pas mature avant 4 ans, et les mauvaises habitudes n’existent pas et dans 10 ans, il y aura le panneau sens interdit sur la porte de sa chambre … Vous allez y arriver ! « .

Je dois aussi jouer partie fine avec les parents qui entrent dans le cabinet avec la ferme intention d’en ressortir munis d’une ordonnance pour des antibiotiques et des aérosols de corticoides.

Avec ceux qui refusent mordicus la vaccination, alors que bordel de merde, des cas de rougeole se sont déclarés dans la ville.

Avec ceux qui mettent leur bébé de 6 mois dans le transat devant la télé. Ceux qui crient, qui donnent des fessées, qui pensent bien faire, ou qui font juste ce qu’ils peuvent …

Il y a aussi les anxieux, ceux dont l’unique enfant est né prématuré après une dizaine de fausses couches. Ou au contraire les détendus du slip qui ne voient pas le bébé respirer comme une patate et qu’on va surveiller comme le lait sur le feu. Ou envoyer directement aux urgences devant la décontraction inconsciente familiale …

Tout ceci doit se faire en 15 minutes pour une consultation d’urgence, et 30 minutes pour un suivi. Donc impossible. Surtout en hiver, quand il faut rhabiller le chérubin, lui changer la couche, lui donner un peu le sein pour le calmer.

Chaque consultation pédiatrique est très intense car plus que tout, on ne veut passer à côté de rien du tout. Aussi bien en aigu (l’otite, l’infection urinaire, le syndrome de kawasaki, l’occlusion, la sténose du pylore … ) qu’en suivi (le retard de croissance, la laryngo malacie, les allergies alimentaires, la dysthyroidie, la maladie coeliaque, et bien sûr les troubles du développement ou troubles autistiques …), les diagnostics sont innombrables et il ne faut en rater aucun.

Ah et dernière chose, on ne donne plus de sucette ou de bonbons par pitié. La nourriture (au même titre que l’amour) n’est pas une récompense. Je dis aurevoir à l’enfant, si je le sens réceptif je peux lui demander si j’ai le droit de faire un bisou, que je ne force évidemment pas (surtout s’il a 40 de fièvre).

Une accolade complice à un parent épuisé, et c’est déjà au patient suivant, petit ou grand.

3 réflexions sur « Carnet de santé »

  1. Mon fils a toujours bien accepté les consultations .L’autre jour il n’était pas content parce que je me suis fait ausculter avant lui.Il va avoir 3 ans.
    Ma fille c’était une torture jusqu’à il y a quelques mois , même pour juste une ausculation classique où elle n’avait aucune douleur.Maintenant çà va 🙂 Elle a 4 ans.
    Le souci selon moi c’est que toutes les consultations hors enfant malade on va au Dr pour …les vaccins et les enfants arrivé là bàs ce n’est pas de bons souvenirs.
    Merci pour cet article qui peut aider les primipares

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  2. Alors je peux confirmer que les deux docteures que nous avons gérez du feu de diou ! On en a eu un qui a été un peu musclé et depuis, mon Nounours ne veut plus y aller. Mais bon. Ca va s’améliorer dans le temps, à force. Ici, la récompense c’est de marcher comme un grand au lieu de marcher dans la poussette : bah oui, quand on se fait ausculter chez le docteur c’est qu’on est un grand ! Et ce même s’il a hurlé comme un putois nouveau-né, pas grave. Bon ça marche moins bien maintenant qu’on n’utilise plus de poussette je vais devoir trouver une variante ! ^^

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  3. On y va que trèèèèès rarement, comme ça c’est réglé !
    Depuis un an j’ai trouvé la perle de la perle, pro-allaitement, pro-maternage, pro-cododo, pro-motricité libre, pro-homéopathie, pro-huiles essentielles, pro-DME,… bref elle nous correspond et elle est tellement respectueuse du bébé, de l’enfant, du parent. Une perle de ouf !
    Sinon Vittoria s’est fait (trop) vaccinée (depuis ce jour où j’ai découvert le pot aux roses et tous les putains d’effets secondaires des vaccins sur ma fille) eh bien c’est no way les toubibs pour elle et pour moi (à part l’ORL et notre médecin pro-tout)
    ça fait quoi d’avoir la rougeole, c’est grave docteur ? Léandro l’a eu.

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