Doudou papote avec sa copine pédiatre

Et oui, j’ai une copine pédiatre. La pauvre essuie mes questions stupides depuis presque 3 ans, mais m’en pose un peu aussi parfois. Elle n’a pas d’enfants mais ses yeux s’illuminent dès qu’elle en voit un et elle peut passer de longues minutes au rayon jeunesse d’une grande librairie, comme moi. J’ai passé mes 6 premières années d’études avec elle, je l’ai vu suer, angoisser, travailler jour et nuit, se mettre dans des états pas possibles pour réussir à devenir pédiatre.

Depuis que j’ai ouvert le blog et que je fréquente les réseaux sociaux orientés parentalité option parents parfaits (ce qui d’ailleurs m’agace de plus en plus, don’t blame me), je lis souvent, trèèèès souvent, des avis plus ou moins éclairés à propos des professionnels de santé et notamment des médecins. Alors bien sûr, je partage beaucoup de coups de gueules, j’ai été moi même « victime » de professionnels complètement cons (remember). Mais je vous ai aussi pas mal parlé de nos parcours, et de nos difficultés, pas pour nous excuser mais pour nous expliquer, dans cet article qui avait beaucoup plu.

Et puis parce que parfois je lis des jugements vraiment injustes, des accusations totalement infondées du style « on est contre l’allaitement car on est financés par novalac ». Non, non et non. Quand on sait le salaire horaire des médecins hospitaliers, ça a un peu tendance à m’énerver et lire « grosse colère » ou taper sur un coussin ne suffit pas à me calmer.

Ma copine pédiatre a donc bien voulu répondre à quelques questions, elle est toute prête à répondre aux suivantes s’il y en a d’autres. Grand merci à elle !!

En italique, j’ai rajouté quelques notes de ma propre initiative.

 

 

  1. Présente toi, quel âge as-tu, que fais-tu dans la vie ?

J’ai 28 ans, je suis interne en pédiatrie.

 

  1. Peux-tu nous résumer ton parcours scolaire/universitaire/professionnel ?

J’ai passé mon Bac S option mathématiques, puis je me suis dirigée vers les études de Médecine, avec comme arrière-pensée la pédiatrie. J’ai été admise en 2ème année après ma deuxième tentative au concours (donc après 2 « premières années »). Ensuite j’ai suivi le cursus classique dans une Fac parisienne, 4 ans d’externat – en stage le matin et en cours l’après midi -, avec des stages dans diverses spécialités, qui ont permis de confirmer ma préférence pour la pédiatrie. Puis j’ai passé l’ « Examen Classant National » pour être interne, à la suite duquel j’ai pu choisir de faire cette spécialité.

L’internat fonctionnant en semestres, je suis actuellement à la fin du 6ème (sur 8 au total pour la pédiatrie). J’ai donc changé à plusieurs reprises de service et d’hôpital, en choisissant mes stages pour essayer d’avoir une formation la plus complète possible, même si elle ne le sera jamais assez. Il me reste donc 2 stages à effectuer.

(Encore un an, plus la thèse, laissez moi vous dire que c’est une franche partie de rigolade).

 

  1. Explique-nous le boulot d’interne de pédiatrie. Combien d’heures de travail par semaine ? Combien d’heures de sommeil par semaine ?

L’interne travaille en stages de 6 mois comme je l’ai dit précédemment, dans la grande majorité des cas à l’hôpital, mais aussi parfois en libéral ou en PMI. A l’hôpital, nous suivons nos patients (par définition, des bébés, enfants ou adolescents) tous les jours, ce qui implique de voir les nouveaux arrivants (via les urgences, transférés d’autres services ou bien venant directement de chez eux), faire sortir ceux qui vont mieux, examiner tout le monde, faire les prescriptions, et demander d’éventuels examens complémentaires.

(Hiver, bronchio et gastro qui changent les urgences en Bagdad ==> la bouteille de chardonnay y passe en rentrant à 23h chez soi).

L’interne est chapeauté de manière plus ou moins importante selon les services par un(e) chef de clinique ou assistant(e) (poste correspondant aux années suivant l’internat), lui ou elle-même encadré si besoin par les praticiens hospitaliers (comprendre « médecins senior à temps plein » du service).

(Comme dans greys anatomy sauf que personne nest aussi bien maquillé.)

Nous assistons et participons également aux différentes réunions du service, pour discuter des patients. L’interne est aussi impliqué dans la formation des externes (qui sont donc des étudiants plus jeunes), notamment en examinant les enfants avec eux, ou en revoyant les dossiers ensemble.

Il existe par ailleurs une partie administrative du travail, non négligeable et qui prend de plus en plus de place malheureusement, à savoir faire les comptes rendus, tenir les dossiers, organiser des rendez-vous et hospitalisations, etc.

(Et faut changer aussi les cartouches d’imprimante).

Il n’y a pas, sauf exceptions, d’horaires fixes de fin de journée. On part de l’hôpital lorsque l’on a fini toutes les choses qui ne peuvent être reportées au lendemain.

(Une réanimation, des comptes rendus chiants, des parents à rassurer. En vrai, la sortie est vers 19/20h).

Certains stages sont plus prenants que d’autres. Actuellement je travaille entre 55h et 85h par semaine, en fonction des gardes et astreintes.

(L’Union européenne a fixé le temps de travail des internes en médecine à 48h par semaine. La France et les hôpitaux s’en contre balancent totalement, le taux de suicide des médecins est 3 fois supérieur à la moyenne nationale).

Pour le sommeil c’est difficile de faire une moyenne, environ 6-7h par nuit la semaine, plus si possibilité de grasse matinée le weekend évidemment, et si je suis de garde ça va de 0 à 3-4h maximum en période plus calme (ce qui n’est plus le cas). Comptez environ 4 à 6 gardes par mois.

(C’est bon, tu peux faire des gosses!)

 

  1. Quelles sont tes principales difficultés ? Et les grandes sources de bonheur ?

En premier je dirais la fatigue, pas seulement physique mais aussi et surtout psychologique. Le temps passé à l’hôpital est important, ce n’est pas toujours facile de réussir à se reposer et s’aérer la tête. Les journées sont denses, on est tout le temps sollicités et ça oblige à faire en permanence plusieurs choses en même temps, ce qui est assez usant. Une autre des difficultés est inhérente à certains services, même si elle peut être présente partout : être confronté à des maladies graves, des décès, annoncer des mauvaises nouvelles… Même si avec le temps on parvient (j’espère) à être plus « à l’aise » dans ces situations, ça n’enlève pas la difficulté d’être confronté à la détresse des gens, voire à la perte de nos petits patients.

Les grandes sources de bonheur… Il y en a plein heureusement ! Cela va de la bouille mignonne d’un bébé qui nous sourit à la satisfaction d’en faire sortir un guéri, d’en revoir certains quelques semaines plus tard en consultation, les voir grandir, expliquer un truc aux parents et voir leur visage qui s‘éclaire parce qu’ils ont enfin compris quel était le problème, discuter avec un ado et qu’il nous avoue enfin ce qui ne va pas depuis des semaines, réussir à les faire rire quand ils sont au fond de leur lit, plaisanter (coucher ?) avec les cointernes histoire de se changer les idées…

 

  1. Les pédiatres sont-ils vraiment formés à l’allaitement ? 

Je pense que ça dépend des pédiatres, de leur génération, de là où ils ont fait leurs études, et de l’intérêt personnel qu’ils y portent. J’ai été un peu plus formée via un diplôme complémentaire en nutrition, il me manque probablement l’expérience qui doit aller avec, mais j’y travaille !

(Tu sais où me trouver !)

 

  1. Pourquoi en France on diversifie à 4 mois alors que l’OMS dit 6 mois …?

En fait les recommandations ne sont pas extrêmement différentes : l’OMS dit de commencer à 6 mois, la Société Française de Pédiatrie dit « pas avant 4 mois (risque d’allergie), pas après 6 mois (risque d’apports nutritionnels insuffisants) ». Ça laisse juste la possibilité à ceux qui le souhaitent de faire découvrir d’autres saveurs à leur enfant avant 6 mois, sachant qu’il n’y a pas eu d’effet positif ni négatif de démontré.  Et parfois ça permet de varier et apporter plus de calories pour les bébés qui ne boivent pas beaucoup.

 

  1. On est d’accord qu’on ne laisse pas pleurer un bébé ? 

Non, ou en tout cas pas plus de quelques minutes selon le contexte.

 

  1. Que penses-tu du maternage proximal ?

Je n’ai malheureusement pas assez de connaissances sur la question pour m’être fait un avis tranché.

Ce qu’il faut comprendre c’est que ce n’est pas par manque d’intérêt qu’on s’intéresse moins à toutes ces questions « annexes » (je ne trouve pas le terme approprié), c’est juste qu’on est déjà tellement noyé sous le poids des connaissances théoriques autres à acquérir que j’ai l’impression que le reste vient après, dans un second temps, quand on est enfin à l’aise (et ça prend du temps).

 

  1. Comment vois-tu la suite de ta carrière ?

Je pense passer un ou deux ans à l’hôpital après la fin de mon internat, pour acquérir plus d’expérience. La suite n’est pas encore très claire entre hôpital et libéral, même si je suis de plus en plus tentée par la deuxième option.

(Oui oui oui !!!)

 

  1. Un dernier mot aux parents qui te lisent ?

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout. J’espère que ça vous aura aidés à mieux comprendre notre quotidien !

(Ayez pitié de nous. On survit, on apprend, on en chie, même si c’est trop cool).

 

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