Rideau

1er septembre 2009 : j’ai fait mon cartable, j’ai acheté des supers bics qui glissent vachement bien sur la feuille, choisi mes cahiers grands carreaux à spirale, tenté de rallumer mes neurones âgés de 25 ans (et toutes les études ont prouvé que le potentiel maximal du cerveau humain est effectif à 20 ans … j’ai déjà 5 ans de retard !) à coup d’auto persuasion et de méthode kwé. Ok les gars. Va falloir me pardonner toutes les cuites prises pendant ces 2 dernières années. Je vais avoir besoin de vous. Aux armes citoyens, y a environ 500 pages de biochimie qui vous attendent. Et la physique ? Ouais nan vaut mieux pas que vous le sachiez. Restez focus de 7h30 à 20h30 vous voulez bien ? Allez chuis sympa je vous accorde une petite pause le dimanche de 16h à 22h. Vous allez croiser des neurones vachement plus jeunes que vous, des petits djeuns avec de l’acné et des lunettes qui vont vous faire croire que vous êtes décrépis et que votre substance blanche a un peu jauni. Mais que nenni, on va se battre okay les mecs ?? 

Et on s’est battu, pendant 10 ans. 10 ans ça a été la durée de mes études de médecine, qui, je m’avance un peu, ne sont pas tout à fait terminées car mes pauvres petits neurones vont devoir se synchroniser encore un peu pour terminer cette fucking thèse. Mais mis à part ce détail insignifiant, C’EST FINI !!! BORDEL DE DINGUE DE OUF.

Je vous avais parlé de mon parcours içi, et plus globalement de la difficulté de ce parcours là. J’essaye désormais de prendre encore plus de recul car j’ai franchi la ligne d’arrivée (ou presque), que j’ai survécu mais que j’y ai laissé des plumes, des cheveux, une partie de ma vie.

Alors suis-je heureuse d’avoir repris mes études et de les avoir achevées, même si aujourd’hui encore, je me demande par quel miracle c’est arrivé … C’est vraiment moi qui ait appris tout ça ?? Qui suis la plus calée au repas de famille pour répondre aux questions de mamie Nicole sur les effets secondaires des anti arythmiques et répéter à tonton Michel que les veino toniques ça ne se prescrit plus ? 

Quand je regarde derrière moi, une partie est fière bien sûr, d’avoir tenu, tel Scratch accroché sur son iceberg, ces années de cours, TD, polycopiés surlignés, cas cliniques (femme jeune = béta hcg + lupus. Homme jeune saisonnier = bilan MST. Chasseur alsacien = maladie de lyme + OH. Etudiant en classe prépa = toxiques + bouffée délirante aiguë), conférences de révision sur internet à 7h du mat le dimanche.

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Une partie se fait un peu peur aussi, quand je réalise que j’étais capable d’ouvrir un bouquin à 4h du mat car je me souvenais plus du rapport créat urinaire/créat plasmatique dans les insuffisances rénales aiguës. Ou d’afficher mes fiches de révision dans les chiottes, dans le frigo, à côté de ma table à maquillage, dans ma boite de culottes. Chaque épisode de Dr House virait à la panique en réalisant que je ne connaissais pas par coeur les diagnostics différentiels d’une maladie de Wegener. Je beuglais devant ma télé en demandant des résultats d’IRM et hurlais au scandale devant la taille des talons de numero 13. (et l’épisode où elle file pas cette putain d’ivermectine au mec en fauteuil roulant, alors qu’il a cette putain d’anguillulose, on en parle hein, on en parle ???).

Etait-ce vraiment la peine toutes ces plaquettes d’atarax et ces tubes d’euphytose (nan mais ça sert à rien ce machin en fait) ? Ces soirées, journées, vacances années sacrifiées tout ça pour prendre 10 kilos et devoir justifier que oui on a aussi le droit d’être malade ou d’en avoir ras la quiche de l’hosto et des patients ?

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Ces moments de solitude propres à chaque nouveau stage, où non content d’être le petit nouvel interne qui doit faire la visite de 15 patients inconnus avec la chef de service surnommée « GRRRR », on est en plus celui dont le code informatique ne fonctionne pas, dont la blouse ne ferme pas, qui ne connaît pas le numéro de la radio et pour qui le labo d’hémato ne répondra jamais au téléphone (les salauds).

Je vous engage d’ailleurs très vivement à aller voir si ce n’est déjà fait le film Hippocrate de Thomas Litli avec Vincent Lacoste qui parle très justement des internes. Il parait que la série sur Canal du même nom avec Louise Bourgoin était très juste aussi. Quand à la fameuse Première Année, film toujours de Litli et avec Lacoste, sorti l’an dernier, je dois vous avouer que rien qu’en voyant la bande annonce, j’ai eu mal au bide.

Mais ça y est, tout ça est dernier moi, et même si d’autres difficultés s’annoncent, administratives, organisationnelles, ou propres au statut de médecin libéral que je choisis délibérément, et ben ça y est, j’ai l’impression d’avoir fini le marathon de New York (et dieu seul sait que je déteste courir) avec une jambe de bois et un poumon en moins.

Pour la suite du parcours, car ça ne fait que commencer je le sais bien (punaise c’est quand la retraite), je veux tout faire pour mêler habilement épanouissement professionnel et personnel. Rien que ça. La meuf elle veut tout, être respectée dans son travail, présente pour ses enfants, passer du temps pour elle, et surtout aller au golf le jeudi (rayez la mention inutile).

C’est pleine d’un espoir sans doute un peu naïf, que tel un vent frais printanier soufflant sur les jeunes pousses verdoyantes (mais elle a pris de la drogue ou quoi ?), je suis prête à passer à l’étape suivante, à la prochaine décennie d’amour des patients qui voudront bien passer le pas de ma porte.

Oui ok ok, la thèse avant. Merci les rabats joies du premier rang.

 

 

7 réflexions sur « Rideau »

    1. Ah ben le truc c’est qu’une fois dedans, on se dit qu’on a pas fait tout ça pour rien et qu on doit pas arrêter ! J’espère la finir à la fin de l’année (avec le bébé à venir tout ça sera évidemment d’une facilité déconcertante).
      Je m’installe dans le sud des cevennes, y a des pommes, des bobos et des coins sympas où se baigner. Et du chardonnay.

      Aimé par 1 personne

  1. Super parcours. Il faut la fougue de la jeunesse (car à 25 ans, on est jeune !) pour se lancer dans médecine. Pour tout te dire, j’aurais adorer faire médecine. Mais j’étais tellement persuadée que ça serait trop dur pour moi (et j’étais tellement terrorisée par les bizutages, qui à mon époque existaient toujours) que je n’ai même pas réfléchi à tenter le concours. Des années après je me suis dit que peut-être je tenterais la passerelle, le concours qui te fait arriver en 3e année. Mais c’était trop tard ! donc bravo à toi d’avoir pris le train à temps. Tu serais plus près, je te confierais même mes frottis, c’est dire ! 😀 (PS : thèse de Médecine, une formalité)

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  2. Bravo! T’as tout déchiré et ce que t’as oublié de préciser c’est qu’en faisant fumer tes synapses, tu créais la vie x2 dans ton utérus puis la nourrissais par tes seins ! Encore plus impressionnant ! Je suis contente que tu ais fini (presque) et je te souhaite que ta pratique soit à la hauteur de tes espérances perso et pro !

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  3. Je découvre ce jour ton blog. Je me reconnais un peu (tellement !) dans ton histoire ! Cela fait du bien de sentir qu’on n’est pas seule à en chier et à se sentir en difficulté plus que « les autres ».
    Moi aussi j’ai repris mes études de médecine (en 2012) après 7 ans d’arrêt de mes études :
    Bac en juin 2000, reçue au concours de 1ère année juin 2002, P2, D1, début d’externat et stages pourris de chir ortho , psychiatrie + difficultés familiales + financières + rupture amoureuse… demande d’année sabbatique… envie de changer d’orientation: j’ai bossé comme préparatrice en pharmacie (après 2 ans d’apprentissage et de cours en CFA – je me suis sentie tombée très bas quand même, genre collège après BAC+4…), me suis mariée et ai fait 2 enfants à 18 mois d’écart (2009 et 2010).
    Je me suis rendue compte qu’il était temps de me rendre à l’évidence: je ne me sentais plus à ma place derrière un comptoir (et d’obéir à un patron commerçant quel horreur !) et voulais moi aussi rédiger des ordonnances (mieux écrites et plus logique que celles que je lisais parfois !).
    J’ai repris la fac en 4ème année en 2012, fac à 100 km de chez moi (enfants confiés à papa et beaux-parents, vive Skype !)
    > ECN 2015 (fin de séparation à la semaine avec les enfants)
    > fin des stages d’internat nov 2018 après avoir, comme toi, fui les stages hospitaliers qui me gonflaient et me stressaient au plus haut point / à galérer pour pouvoir être présente à Noël auprès de mes enfants (ô comme je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il faut cacher sa faiblesse de maman médecin, ne rien demander par rapport aux enfants au risque de devoir prouver davantage de disponibilité ! Tout ma vie je me rappellerai les regards de ces co-internes jeunettes qui ne comprenaient pas que je réclamais pour moi et une autre co-interne maman « l’avantage » de pouvoir ne pas travailler le 24 ET le 25 décembre aux urgences du CHU – avantage bien évidemment refusé, ai travaillé 8 jours d’affilé pdt les vacances de Noël 2015 à 100 km de mes enfants ! « euh nous aussi on a le droit de passer Noël en famille -avec papa et maman- » pfff!)…
    > Thèse (suis d’accord que le mot est insupportable à la fin !): enfin rédigée et soutenance approche
    > installation en libéral (suis déjà adjointe non thésée) en Bretagne
    Bref ! On a vécu pas mal d’expériences similaires je pense ! Bonne continuation à toi, je dois retourner à mes occupations mais espère pouvoir continuer à lire tout ce que je n’ai pas encore lu !
    Bonne week-end !
    Myri

    Aimé par 1 personne

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