La fin justifie les moyens

Nous voilà à 4 mois et demi de la naissance de ma petite fleur. Je suis lucide : je n’ai perdu que 3 kilos sur la quinzaine qui me restait à perdre au retour de la maternité, je suis rentrée de plein fouet dans l’alopécie sévère du post partum (traduction : je perd autant de cheveux que mon chien perd de poils, le Dyson n’a jamais autant bossé de sa vie), j’ai gardé les poteaux qui me servent de jambes (pratique quand mon grand tout doux me fonce dessus, je privilégie ainsi l’image d’une mère stable, c’est important pour les enfants, ça la stabilité) et mon périnée se prend pour De Palmas (même si je m’améliore, même cassé ivre mort, ooooooh j’en rêve encooooore ….).

Mais, je goûte, je me délecte, je savoure, je pétille de voir tous les matins mes deux petits loups qui se dévorent du regard et rient à s’en décrocher les mâchoires.

Et il est temps pour moi de revenir sur la naissance de ma petite fleur, redoutée, baignant dans ce qui était un nuage d’anxiété et de détermination à la fois.

Le grand tout doux est né par césarienne, je te narrais sa naissance içi, et je revenais sur cet évènement traumatique, dont j’avais guéri, grâce notamment à la thérapie EMDR.

Pour la fleur, je savais et je voulais quelque chose de diamétralement différent. Il m’est était inconcevable de reproduire les mêmes erreurs que trois ans auparavant, parce que maintenant je savais que je pouvais faire avancer les choses, et je t’expliquais dans ce billet, tout ce que j’avais mis en oeuvre pour « ouvrir la porte », grâce notamment aux conseils avisés de ma gynécologue (coucou sophie !) absolument extraordinaire, et de ma sage femme (coucou anne laure), non moins extraordinaire. Et comme je voulais être une femme extraordinaire aussi, j’avais pris soin au cours des semaines précédant l’accouchement de me renseigner sur toutes les astuces et courants de pensées qui pourraient m’accompagner dans la naissance physiologique que je souhaitais par dessus tout. Cette naissance se nomme AVACaccouchement vaginal après césarienne. Je ne fais pas durer le suspense, je l’ai eu mon AVAC, la fleur est passée dans mon vagin à 14h27 le 10 mai 2019, soit 2 jours après le terme de 41 semaines d’aménorrhée.

Mais revenons quelques semaines en arrière. Je pense accouchement physiologique, je dors accouchement physiologique, je mange accouchement physiologique, je fais l’amour accouchement physiologique, bref. Je suis obsédée par cette voie basse que je veux sans péridurale. Je rappelle que lors de mon premier accouchement, le travail ne s’est jamais déclenché spontanément, s’est arrêté à 6 cm de dilatation (on m’avait posé la péri trop tôt et on ne m’avait pas posturée, j’étais restée sur le dos, ce qui a participé à la stagnation …), a débouché logiquement sur une cesarienne (qui a elle même en partie débouché sur un petit garçon hypersensible et on connaît la suite). Outre tous les outils que j’utilisais pour « ouvrir la porte », j’avais bien lu et compris le rôle de l’ocytocine dans l’accouchement, et surtout, j’avais consulté tous les articles rédigés par des accompagnantes « nature » à la naissance. Et c’était écrit partout que l’ocytocine est timide, et qu’une reconnexion à la réalité alors que le travail a commencé, ou une angoisse ou …. peut arrêter les choses. Et donc, moi qui voulais mon torrent d’ocytocine, j’avais une seule angoisse, qu’il se tarisse subitement. J’avais tout prévu, anticipé, pour ne pas être coupée lorsque le travail commence. Je répétais sans cesse à mon conjoint que le travail risquait de s’arrêter si j’étais déconcentrée ou absorbée par autre chose … J’avais peur qu’en arrivant à la maternité de nuit, en devant passer par les urgences, tout s’arrête …

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J-2

Pour être honnête, à 14h13, j’avais encore peur que tout s’arrête. J’avais ma fille dans le vagin mais j’avais peur que tout s’arrête.

Vous voyez le truc gros comme le nez au milieu de la figure, je suis tombée dans les écueils du physio qui dit que toute intervention extérieure bousille illico presto le boulot de dame nature.

Le 9 mai au matin, chez ma sage femme, je lui reparle pour la 38ème fois de cette peur (pardon Anne laure, vraiment pardon d’avoir été aussi tarte). Je lui dis que dans la nature, les mammifères se mettent dans une grotte etc, et que moi je ne pourrai pas vraiment y être car il y aura le grand, et la voiture, et les lumières du couloir des urgences et que les mamans gorilles elles n’ont pas toutes ces stimulations qui risquent de venir freiner le torrent d’ocytocine … Pleine de bon sens, elle me réplique « mais enfin les mamans gorilles tu crois qu’elles ont l’esprit tranquille pendant toute la durée du travail ? tu crois pas qu’elles pensent aux prédateurs ? et aux autres petits gorilles qui doivent être en sécurité ? » Bon je me dis que oui, quand même les prédateurs représentent une préoccupation un peu plus importante que les lumières du couloir des urgences. Ok ok …

Car dans la nuit du 8 au 9, un faux travail avait commencé à pointer le bout de son nez. On avait mis les bougies dans la chambre, respiration, blablabla. A un moment je m’étais levée dans le salon pour marcher et ça s’était arrêté. J’étais alors sûre que c’était parce que j’étais sortie de ma grotte, que j’avais pensé à autre chose (ne pas réveiller le grand), que j’avais rallumé mon cortex pré-frontal et que tout ça avait stoppé l’ocytocine (si timide, comme je l’avais lu et relu). Ma sage femme m’assure que non. Et me balance l’argument des mamans gorilles. Le col est bien mou et raccourci, à presque 2 cm (c’est tout ?), il évolue touuuuuut doucement depuis quelques semaines. Il y a des contractions (légères) au monito. On y croit.

Nous rentrons déjeuner à la maison avec mon mari. Dans l’après midi je sens des contractions plus régulières et nous partons marcher. Naïve que j’étais, je pensais que c’était ça des contractions. Hahaha. Donc on zappe la sieste, après déjà une nuit de 4 heures de sommeil seulement. C’est régulier. On prévient la nounou que ce sera peut-être pour ce soir et qu’elle devra garder notre grand. On part à la maternité. Je marche, je monte les escaliers, je danse, je veux ouvrir cette putain de porte. Et évidemment dans la salle d’examen, bah … plus grand chose. Je le savais putain, j’ai stoppé l’ocytocine, c’est de ma faute, j’aurai pas dû venir, j’aurai dû, j’aurai dû… La sage femme me propose de redécoller les membranes ( ce qui avait été fait déjà auparavant). Elle y va manu militari, je douille. On repart.

Et clairement, les choses changent. Je prend un bain, je mange une part de pizza comme je peux, entre les contractions qui sont hyper régulières, et s’intensifient. Je reprend mes exercices d’auto hypnose, je suis dans ma grotte, je visualise l’océan, et cette flutain d’ocytocine. Nous repartons, là je sens que c’est bon. Pitié que ça s’arrête pas.

Dans la voiture je suis pliée en 2 à l’arrière, et je pense au séche linge. Chéri j’ai pas nettoyé le filtre du séche linge. 

Il fait nuit, nous passons par ce couloir des urgences avec les lumières que je redoutais tant. Pitié que ça s’arrête pas. Je suis dans ma grotte, je suis dans ma grotte, je suis dans ma grotte. Non ça s’arrête pas, ouf.

Monito, examen, je suis à 3. C’est touuuuut ?

Il est minuit et demi, on s’installe dans la chambre avec ballon, écharpe pour me suspendre. Un peu avant 2heures je préviens ma gynéco par texto qui vient me rejoindre. Elle me demande où j’en suis, car elle trouve que j’ai les idées encore bien claires. On arrive à 5cm de dilatation, c’est pas si mal !

Mais rapidement ma gestion de la douleur se dégrade. Je perd pied. Je n’arrive pas à apprivoiser la vague, je me la prend de plein fouet et je hurle à chaque contraction. Aucune position ne me soulage, ni les huiles essentielles, ni les massages, ni la corde. Il est presque 5h du matin, et je suis toujours à 5cm à peine. On me met sous la douche, hagarde. J’en peux plus, j’ai peur, pourquoi ça n’avance pas ??? Le jet d’eau me fait reprendre mes esprits un petit peu. Je suis seule dans la minuscule cabine, sur le petit ballon pour plus de rétroversion du bassin, et étrangement, j’affronte les contractions plus sereinement dans la solitude. Mais ce temps est si long, si pénible, si incohérent … La gynéco me propose alors la péridurale, en m’expliquant que quelque chose refuse de lâcher en moi, que je ne surfe pas sur les vagues de douleurs, et que peut-être l’analgésie améliorera les choses. Je me met à pleurer … j’accepte rapidement mais je supplie qu’on me fasse bouger, qu’on ne me laisse pas avec un bébé qui essaye de sortir et n’y arrive pas. Mais les choses seront différentes cette fois, elle me promet.

J’ai la péri posée à 6h30, et après une bonne engueulade avec l’anesthésiste qui refuse que mon mari soit au bloc en cas de césarienne, je souffle. Pendant près d’une heure, on installe les capteurs alors que je suis à 4 pattes sur le ballon (et ce sera fait à chaque changement de position), je m’endors … Mon mari s’allonge par terre et s’assoupit aussi. Le soleil se lève …

Nouvel examen : je suis à 7 cm vers 8h. La péri a fonctionné, la dilatation se poursuit !! Mais dans ma tête toujours ce pitié que ça s’arrête pas.

Suivent alors de longues heures au cours desquelles le travail se poursuit tranquillement, régulièrement, au grès des changement de postures, des difficultés à positionner les capteurs, des sons de la nature que j’ai mis sur mon téléphone. J’ai toujours peur que ça s’arrête et par dessus tout, j’ai peur que bébé veuille sortir mais soit coincé (culpabilité maternelle bonjour), j’ai peur de ne pas être capable d’accoucher. Bref la grosse reloue sans aucune confiance en elle, qui pèse 33 tonnes et chiale à chaque fois qu’elle parle.

Au cours de la matinée les contractions ralentissent un peu. La gynéco décide de balancer une petite dose d’ocytocine de synthèse. Je m’interdis de regarder le monito mais elle me certifie que tout reviens dans l’ordre.

Et puis lors d’un examen de fin de matinée (j’ai bien évidemment complètement perdu la notion du temps), je vois son visage qui s’éclaircit : « c’est gagné, on est au détroit moyen !! » Traduction : « c’est gagné, bébé est engagé ». Je n’y crois pas. J’ai toujours cette peur absolument ridicule qui moi même me fatigue que ça s’arrête.

Je commence à pousser quand l’envie se fait ressentir, en position sur le dos demi assise, tranquillement, à mon rythme, à chaque contraction. Sans douleur, je me reconnecte à mon corps, j’en suis capable, je suis une maman gorille. Elles me présentent le miroir pour que je voye l’avancement des poussées, et c’est magique ! Je me sens enfin vaguement puissante, c’est mon moment, moi et mes kilos de gras, on va mettre au monde ce bébé. Mon mari ne loupe pas une miette et à chaque contraction m’encourage, parfois même le fait à la place de la gynéco et sage femme, j’ai ces souvenirs de n’entendre que sa voix, les yeux rivés sur le miroir qui me renvoie l’image d’une épaisse chevelure noire qui progresse lentement mais surement … C’est lui qui sortira le bébé, une fille !!! Je flotte, je me liquéfie, je perd notion des limites de mon corps, je la prend sur moi, elle ne pleure pas mais ses yeux sont bien ouverts, elle est si petite et chevelue, ma bébé gorille.

En bas je crois que ça saigne, le ton change un peu, mais je n’écoute pas. Je vois des poches de perfusion et des petites seringues se succéder, la gynéco agit vite. Ma petite chérie douce tâtonne au sein, ses petites mains hésitantes, sa peau encaustiquée, les premières photos de nous 3, et les larmes toujours, et moi qui ne réalise pas que je l’ai fait.

Il est 14h28. Et ça ne s’est pas arrêté, malgré la médicalisation juste et bien pensée. Les bons actes, au bon moment, les bonnes décisions.

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Si ma préparation à l’accouchement était à refaire, je changerai une chose. Cette peur un peu idiote que la moindre contrariété ferait capoter le déroulement des opérations. J’ai trop lu ou écouté la branche « nature » de l’accouchement physio. Car la médicalisation est finalement tout à fait compatible avec un accouchement physio. Et non, toutes les mères en travail depuis la nuit des temps n’ont pas pu s’isoler et se laisser baigner dans un jacuzzi d’ocytocine en se coupant de toute préoccupation matérielle ou logistique (comme les prédateurs ou le séche linge). Et pourtant elles ont accouché.

 

Quand à la péridurale que je ne voulais pas … et bien elle m’a permis de lâcher prise et de reprendre contrôle sur mes peurs les plus enfouies et mon cruel manque de confiance en moi (que je n’avais pas soupçonné pendant la préparation).

Et j’ai deux enfants. Merci la vie.

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2 réflexions sur « La fin justifie les moyens »

  1. Merci pour ton récit d’accouchement qui m’a renvoyé deux ans en arrière ! Et même plus…
    Ici, 3 accouchements voie basse, 3 tentatives sans péri soldées par 3 peri quand même (une rachi pour prems je pense). A 9, puis 6 puis …3cm à peine.
    Pour troiz je pensais aussi être bien calée sur les respi, la gestion de la douleur… tu parles! A chaque fois les fichues contractions « dans les reins » m’ont fichu à plat, j’ai pas supporté les gaz , la baignoire n’a pas suffi, avec la fatigue j’ai pas su. Ça restera sans doute une frustration dans ma vie mais bon, à chaque fois c’était quand même mieux pour tout finalement que j’ai eu cette peri (moins fatiguée, délivrance artificielle, double cordon et bradycardie de bb…. enfin pas cumulé hein!)
    Bref, l’essentiel est d’avoir des bb en forme, de pouvoir s’en occuper au plus tôt, et c’est aussi ce que la peri m’a permis! (Sauf bb1 mais c’est une autre histoire…)
    Bon pouponnage!

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