Éclats d’obus

Il est 3h32 et j’ai peur.

J’ai peur que tu arrête de respirer.

J’ai peur de ces machines.

J’ai peur de tes geignements, de ton visage crispé, de tes bras si frêles, de ta bouche sèche, de tes yeux affolés.

On est arrivées à l’hôpital il y a plus de 12 heures et tout n’a fait que dégringoler, tu t’effondres dans mes bras impuissants, sous mes baisers désespérés.

Vers 19h tu as vomis ta sonde dans l’estomac qui devait te réhydrater… Le médecin est arrivé à ce moment là, jeune, grande mince, j’ai hurlé de sanglots sur elle et sur son étudiant (pardon petit externe), je ne savais plus qui j’étais. Elle a réussi à me rassurer, puis les autres infirmières aussi.

Mais tout continuait de dégringoler. L’oxygène de plus en plus fort, la 2eme sonde que tu as vomis encore, le peu de lait mélangé de bile immonde. Tu voulais dormir, mais non, il fallait tout faire pour te sauver.

Il y a eu la perfusion, on m’a proposé de ne pas venir si c’était trop difficile, mais comment te laisser seule ma toute petite, toute petite fleur ? Perdue sous une lumière blafarde, entourée de visages masqués, une piqûre, deux piqûres… On y arrive sans trop de difficultés, il faut bien sur fixer la perfusion, car tu veux tout arracher. Le médecin de nuit, te trouve agitée, prend la décision de te descendre en cardiologie pour surveillance intensive.

J’ai envie de vomir.

Il est 22h30 et j ai peur, tout est allé si vite.

La perfusion coule, tu es installée à côté de moi dans la couchette, tu aimerai dormir, mais il faut se battre ma poupée.

J’ai peur de ne plus avoir de lait, en l’espace de quelques heures, plus rien ne coule, après 2 jours sans tétées ou presque.

Les bruits des machines couvrent ceux de ta respiration hachée et nous bercent peut être un peu…

Il est 3h32, je pense à un arbre majestueux au milieu d’un champ de blé sous un ciel bleu immaculé. Mon seul refuge, quelques minutes de meditation.

Mon cœur est miné par des centaines de balles brûlantes.

Je ne sais plus ce qu’est le sommeil.

2 réflexions sur « Éclats d’obus »

  1. J’ai les larmes aux yeux de te lire ! je vous envoie milles câlins de réconforts pour garder le courage jusqu’à la guérison. Et si je pouvais, des heures de sommeil aussi pour tenir le coup…

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