Qui trop embrasse, mal étreint.

C’est lors des toutes premières semaines de vie de mon tout doux, il y a donc 4 ans, que j’ai découvert Catherine Gueguen. Tu la connais bien sur.

J’ai lu ses 2 livres sur le development du cerveau du bébé, de l’enfant, découvert ce qu’était l’immaturite du cortex frontal avant 5/6 ans, compris les dangers du laissé pleuré chez le bébé. Béate, je buvais ses paroles, et les bois toujours, à chaque video YouTube ou apparition sur des plateaux télé. « je ne suis pas pour education laxiste, mais il faut comprendre son enfant, comprendre que son cerveau est immature et fragile, malléable, et qu’il a besoin d’empathie de l’adulte pour apprendre à apprivoiser ses émotions. ».

AMEN.

Jusque là aucun scoop, c’est quoi cet article merdique.

J’ai donc (nous avons avec mon mari) établi une liste de basiques en matière d’éducation respectueuse. Liste à laquelle nous avons toujours réussi à nous accrocher, et ce malgré les temps parfois menaçants du confinement…

Ne pas laisser pleurer. Qu’on s’entende bien, si tu poses ton bébé 2 minutes par que tu n’en peux plus, que tu vas hurler dans un oreiller, et que tu reviens ensuite le bercer en lui expliquant que c’était ça ou le syndrome du bébé secoue, NON tu n’as pas laissé pleurer. Laisser pleurer à des fins ÉDUCATIVES (pour qu’il apprenne à dormir ou se clamer seul), est bien différent.

Ne pas punir. #fierte

Ne pas nier les émotions. Pas facile. Parfois on dérape, mais on le reconnaît. Les hurlements pendant 10 minutes par ce que la chaussette gratte, sans que personne comprenne pourquoi, c’est vraiment un sacré challenge.

Ne pas humilier ni se moquer ni faire de blague. Immaturité cérébrale toujours, les petits ont du mal à prendre le recul nécessaire. L’ironie et le sarcasme ne doivent être employés qu’après être sur que l’enfant est en mesure d’en saisir toutes les nuances.

Respecter le libre arbitre, même chez le bébé. OK ma petite fleur préfère se mettre à 4 pattes pour que je lui nettoie les fesses et mette la couche. Elle n’aime plus être sur le dos. Je respecte. C’est galère pour moi mais je respecte.

Laisser expérimenter. OK tu veux prendre tes poupées en promenade ? Tu es bien suuuuur qu’elles ne seront pas trop lourdes ? Bon on prend un sac au cas où… Le bébé et le bambin font leur job en testant leurs limites, celles de la pesanteur, des matières, de notre santé mentale (même s’ils ne s’en rendent pas compte).

Bon mais alors où est ce que je veux en venir…

Je me suis engouffrée dans cette parentalite comme une mère de famille fatiguée s’engouffre en thalassothérapie. Je voulais toutes les formules, tous les résultats, je voulais… La perfection. Mon unique obsession était de respecter le sacro-saint développement cérébral de mon petit garçon, de l’inonder d’ocytocine et de tout faire pour l’accompagner dans ses émotions, respecter ses sentiments, gnagnagna, sans être laxiste bien évidement.

Ça a vite commencé à se corser.

Respecter les tempêtes émotionnelles d’un enfant de 2 ans et demi, c’est facile sur le papier. Formuler sans jugement, reformuler, mettre des mots, proposer des alternatives… Je vois que ça te fait beaucoup de peine que le biscuit se soit cassé… Oui je comprend tu as le droit d’être fâché, d’avoir envie de pleurer… Peut être on peut manger les miettes ? En prendre un autre ?

Hum hum on est d’accord que ce discours la c’est de l’arnaque complète ? Que ni les miettes ni un autre biscuit n’ont jamais réussi à rivaliser avec l’original biscuit, absolument supérieur à tous ceux du paquet ?

Mais bon c’est un classique.

Alors il se trouve que le tout doux monte bien souvent le level niveau expert biscuit.

Mêmes protagonistes, mêmes circonstances, même crise. Sauf que… Sauf que il a 4 ans passés, qu’il exige en hurlant que j’ouvre un autre paquet de biscuit (ou que j’en refasse cuire, car oui, je fais des biscuits moi même le dimanche après midi, fidèle à l’image que j’ai de la mère que je veux être), que la crise dure 10 minutes, qu’il fait pleurer la petite sœur, et surtout qu’il finit épuisé, ruisselant de larmes, hoquettant, sanglottant dans mes bras…

Alors oui je sais qu’il ne faut pas projeter ses sentiments sur autrui, que ce soit un enfant ou pas d’ailleurs, et que toute émotion doit être accueillie sans jugement… Je milite farouchement contre l’adultisme, qui minimise les émotions ou exigences des enfants.

Exemple : je n’aime pas couper mes spaghettis. Pour moi c’est quasi un péché, comme mettre du beurre sur du fromage ou de l’eau dans du vin. Alors je respecte que l’enfant ne vueille pas de gâteau cassé ou de yaourt à moitié mélangé ou de tartine pas bien étalée.

Je respecte profondément sa peine de voir son gâteau cassé. Mais. Mais cette réaction est disproportionnée. (ouhlala je porte un jugement)

Je ne me fie pas à mon propre référentiel pour dire ça… Non, je regarde mon petit garçon se decontenancer sur le carrelage, perdre toute maîtrise de lui même, se faire happer par Monstro la baleine et ne plus pouvoir remonter à la surface.

Tous les outils pour retrouver son calme ont essuyé des échecs cuisants. Bouteilles, coussins, machins sensoriels, balancement, chansons…

L’éducation respectueuse me dit que ces crises sont normales (bien sur !!) et que je dois simplement être la pour accueillir et accompagner l’émotion comme s’il fallait sortir d’un tunnel.

Je résume, il est bien certain que nous avons tous notre propre idée de la chose et qu’on viendra me dire que non c’est pas ça blablabla.

Bah quand le tunnel s’enfonce dans les 7 cercles de l’enfer de Dante (9? 12? Que quelqu’un de cultivé me vienne en aide !) je suis au regret d’affirmer que je n’ai envie d’y accompagner personne.

Plus maintenant.

Maintenant je zieute la première issue de secours et je fais sortir mon petit adoré de là.

Première phase d’empathie hyper sincère et appuyée.

Et au premier hurlement je le ramène physiquement à la réalité : dans les yeux, prise ferme mais douce par les épaules, voix sonore. S’il ne veut pas être touché, je respecte. Parfois ça empire les choses.

Je répète inlassablement « retrouve ton calme, ça va aller, je suis là, je comprend… Mais crois moi, regarde moi, ce n’est pas grave »

Ce « ce n’est pas grave » qui ne doit pas être utilisé, ou peu… Et bien je le dis. Et ça calme. Et on trouve une solution ensuite.

Croyez moi j’ai tout essayé avant d’en arriver là. J’ai lu notamment 20 fois le livre d’Isabelle filliozat qui porte le même nom, pour être bien sûre que rien ne nous échappait. Et qu’on faisait tout comme elle disait.

Mon petit garçon, sensible comme tu le sais, a besoin, maintenant je le sais, d’autre chose que ce que disent les défenseurs farouches de l’éducation respectueuse.

Et ça tombe bien car finalement, la vertu première que revendique cette éducation, c’est justement le respect des besoins de l’enfant. Je retombe sur mes pattes tel chat noir tombe du haut de la tour eiffel. Comprenne qui pourra, culture générale toujours.

Il s’agit donc de s’interroger sur les besoins de son propre enfant. Qui évoluent en permanence sinon c’est pas drôle.

Bébé, il avait besoin de contenance physique très marquée. Bambin et enfant, cette contenance est toujours indispensable à son équilibre. On parle maintenant en plus de contenance affective (ne pas le laisser exploser dans la maison) et éducative.

L’an dernier, bébé fleur venait de naître, nous sommes passés par la période appellee « de la putain de gourde de compote ».

Il était fort consommateur de gourde de compote (jetable bouh c’est pas bien). Et il REFUSAIT de jeter cette gourde à la poubelle une fois terminée.

Il voulait que ce soit moi qui le fasse.

Il hurlait, se roulait par terre, nous tapait pour ne pas jeter cette gourde.

Évidement toutes les astuces bienveillantes y sont passées. Crier ne servait à rien. Jouer non plus. Négocier non plus.

Sur les conseils de mon amie psychomotricienne Marion Leuger, on a rien lâché. On a répété 10 fois par jour qu’il se débrouillait comme il voulait mais que cette gourde devait être jetée avant la fin de la journée. Pas de chantage ni de menaces, mais une règle ferme.

Parce que haha, monsieur s’amusait à la mettre dans le lave vaisselle, ou à moitié dans la poubelle, ou à la vider dans la poubelle mais la poser au-dessus ensuite…. Bref toutes les configurations possibles pour tester les limites de nos règles et les règles des limites.

Comme s’il agitait la clôture du près dans lequel il était en sécurité, pour vérifier si elle était bien solide.

Cette affaire de gourde crisrallisa tous les problèmes de tyrannie que nous rencontrions. Et marion Leuger de m’expliquer toujours que parfois, les enfants tyranniques sont des enfants angoissés. Par tout leur quotidien, tout changement… Et qu’ils ont besoin de cadre solide.

Pour faire appliquer les règles, nous avons utilisé le renforcement positif, qui s’est montré extrêmement efficace. À chaque gourde jetée facilement, un cœur sur un tableau, et au bout de plusieurs cœurs, une récompense.

Plusieurs objectifs se sont succédés et ont été accomplis grâce au renforcement positif, sans trop de heurts.

La encore, j’avais parfaitement conscience que ces méthodes se detachaient clairement de ce que la parentalite positive nous serinne : pas de récompense ni de manipulation. On attend pas de résultat de cette éducation, pas de résultat à court terme. On attend pas que ça marche.

Bah moi si. J’attend que ça marche.

Je voulais qu’il aille jeter sa gourde. Qu’il arrête de nous hurler dessus et de nous taper malgré tous nos efforts bienveillants, qu’il se sente mieux dans sa peau, qu’il passe de meilleures journées… Et qu’on passe tous de meilleures journées.

Il est bien évident que l’arrivée de la petite sœur, l’entrée à l’école, ont exacerbé son besoin de contenance et de reassurance. Mais une fois qu’on a conclu ça, on fait quoi ? On le laisse hurler et souffrir ?

Après 1 an à avoir un peu modifié notre façon de faire, ça va mieux.

Oui il y a toujours la crise du gâteau cassé. Oui certaines journées sont difficiles, on ne le comprend pas, on vide notre jauge de patience à 9h du matin.

Mais le regard qu’on porte sur lui, toujours aussi compréhensif et empathe se teinte d’une couleur plus maîtrisée et ferme.

Il y a certaines choses que les enfants ne peuvent pas anticiper. Que si on reste toute la journée à la maison, on va s’arracher les cheveux, et que donc, il faut sortir et s’habiller pour se promener. Et J’attend alors de l’éducation bienveillante qu’elle me donne des astuces pour que ça se fasse le plus facilement possible, mais bon dieu, ça doit quand même marcher.

Je suis l’adulte.

L’enfant est un enfant.

Il ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants des conséquences de ce qui se passe dans une journée. C’est mon rôle, pour la santé mentale de tous, de veiller à ce que certaines choses se passent.

Ne tombons pas dans les écueils de cette parentalite si belle et lumineuse.

Gardons à l’esprit que les enfants sont des enfants, et que même s’ils ont le droit légitime d’exercer leur libre arbitre, de jouir de liberté et de bonheur, de boue dans les cheveux, de confiture jusqu’aux oreilles, de vêtements dépareillés et de yaourt au jambon…

Ils ont avant tout l’immense besoin de se sentir en sécurité avec nous, de vivre dans environnement stable, comprenant une bonne dose de prévisibilité, et ce d’autant plus qu’ils sont anxieux ou sensibles.

Voilà, j’arrive au bout de ce premier opus consacré aux dérivés de la parentalite positive, du côté de l’enfant. Vous le devinez, il y en aura un 2eme qui se placera du côté des parents.

2 réflexions sur « Qui trop embrasse, mal étreint. »

  1. Merci pour ton article! je me suis moi aussi un peu perdue dans cette education et ses manuels. Ma conclusion aujourdhui c est qu on a pas besoin de livres pour apprendre a être bienveillants, on est en tant que parents bienveillants, mais on est parfois depassés, surpris par ce qui nous arrive. Ces livres doivent nous donner des pistes mais pas etre des bibles. La vraie vie ne se joue pas avec un manuel. Je suis convaincue que le cadre est vraiment bienveillant, mes enfants (qui sont les seuls dont je peux parler) ont besoin d un vrai rythme, d un cadre ferme. Je connais leurs besoins, et j essaie de m adapter a leur evolution, parfois non sans mal! Et parfois je m enerve, parceque je ne suis pas un robot. J apprends tous les jours quoi!! Avec de la bienveillance envers les parents en difficultés on demelera bien des situations je pense. Bonne journée! Marie

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  2. Ici, c’est la naissance du deuxième qui m’a décontenancé … Ça marchait tellement bien avec mon grand, mon raisonnable, celui qui VEUT rentrer dans les clous, toujours en avance pour « bien faire » (y’a qu’à voir à l’école, il englouti les exercices plus vite qu’on ne peut les lui fournir) … Et puis, il y a eu LutinCoquin, celui qui préfère se jeter contre le cadre plutôt que de tenir la rampe avec assurance, couplé à la fatigue de gérer deux enfants de 20 mois d’écart …
    Ça a été difficile, même aujourd’hui, tenir le cap de la fermeté sans trop crier, ni « punir » (mais qu’est-ce qu’une punition? qu’est-ce que réparation vs punition? etc …), mais j’espère qu’à terme mon LutinCoquin verra qu’on a fait de notre mieux pour essayer de le décoder et de l’accompagner ❤

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