Le battement d’aile d’un papillon

Minifleur a eu la varicelle.

Elle l’a pecho de son frère, qui lui même l’avait attrapée par Paul et l’a ensuite refilée à Gaspard et Maël, dans un sympathique esprit de camaraderie.

Comme ça c’est fait ! Il faut faire une bonne varicelle enfant ! Elle sera débarrassée !

Oui oui… Sauf que dans toute l’obstination qui la caractérise, Minifleur nous a fait peur.

La varicelle carabinée s’est portée sans pitié sur sa bouche, ses fesses, sa vulve, son cuir chevelu, l’intérieur de ses narines, ses conduits auditifs, ne lui/nous laissant aucun répit, et l’empêchant de boire, manger, teter.

Nous avons passé 3 jours à l’hôpital pour déshydratation et refus alimentaire, avec déjà une minimini fleur tout en bas de la courbe de poids. Autant dire que toute cette histoire n’allait pas arranger nos affaires.

Je me sentais un peu plus aguerrie après le séjour de l’an dernier pour la bronchiolite, séjour bien plus angoissant car Minifleur était plus petite et qu’elle n’arrivait pas à bien respirer.

La varicelle je savais que ce n’était pas grave en soi. Que ça allait passer. Que la perfusion allait la réhydrater, qu’elle allait manger de nouveau… Bien sûr les précautions sanitaires sont venues compliquer les choses et nous n’avons pas pu recevoir de visites. Vase clos pendant les 3 jours. On venait ma déposer des oranges devant la porte du service. L’absence de relai et de soutien à rendu le séjour bien plus éprouvant pour moi, et pour le grand tout doux.

Son père et lui sont venus le premier soir déposer une valise contenant des essentiels, c’est à dire des culottes propres, du chocolat et la veilleuse chouette qui fait un bruit de fond, permettant de couvrir les sons alentours. La providence à fait qu’ils se sont garés dans le parking face à l’immense et austère bâtiment de pédiatrie et que nous avons pu nous faire des coucous du 4eme étage tout en parlant au téléphone, après que j’ai fait des appels de lumière en morse pour qu’ils repèrent la chambre parmi les dizaines de petits points lumineux des chambres anonymes.

C’était tendre et doux d’entendre leurs voix, d’agiter nos mains, le cœur battant et la gorge serrée.

Une varicelle et 3 jours d’hôpital, quelles conséquences me direz vous ?

Et bien ce battement d’ailes de papillon, ce grain de sable nous a bouleversés.

Le premier jour aux urgences, les infirmières, patientes et douces, n’ont pas réussi à poser la perfusion. Après 3 essais, il a été décidé que ce serait l’anesthésiste qui poserait le cathéter. Je m’attendais à le voir débouler dans le box, grommeler un bonjour, s’emparer du bras de Minifleur et poser la perfusion tout en répondant à son téléphone pour poser une péridurale, avant d’aller boire son 7eme café de la matinée.

Mais non madame, la perfusion sera posée au bloc, on va vous accompagner.

Ah.

Vous allez attendre ici, voici un fauteuil, une couverture, vous avez le temps de lui faire faire une petite sieste et on viendra la chercher. Vous pourrez attendre.

Comment ça je pourrai attendre. Je ne reste pas avec elle ? Non non c’est le bloc madame, c’est stérile, même nous on ne rentre pas. Mais mais mais…. Je peux m’habiller en stérile ? Non madame c’est le protocole, ils ont l’habitude, ce sera rapide, ne vous inquiétez pas.

J’ai donc du laisser Minifleur hurlante dans les bras de l infirmier anesthésiste. Entendre son bébé hurler c’est horrible. L’entendre hurler distinctement « maman viens », c’est insoutenable. Je n’oublierai jamais son regard lorsque je l’ai reprise après 10 interminables minutes au cours desquelles j’entendais les néons de la zone d’attente grésiller ; la peur, la sideration, l’incrédulité presque de me retrouver. Ce regard je ne veux plus jamais le revoir, et plus que jamais j’ai envie de hurler qu’on ne laisse pas pleurer un bébé.

Cette perfusion indispensable, vitale, à permis d’administrer des calmants et notamment de la morphine pendant notre première soirée et nuit. Je ne savais plus si elle avait mal, si ça la grattait, si elle était épuisée, ou tout cela a la fois. Je n’avais plus la force de la bercer. Elle dormait sur moi, la tête blottie dans le creux de mon cou, les bras de part et d’autre de mon corps, comme un petit oiseau déployant ses ailes brisées, et geignant, m’appelant, alors que j’étais à quelques centimètres d’elle.

Le 2eme journée à vu les choses s’améliorer. Le sommeil lourd et reconstituant imputable à l’action conjointe des médicaments et du lâcher prise, a permis à Minifleur de reprendre du poil de la bête. A partir de 16h, elle en avait clairement ras la turbulette de rester enfermée dans la chambre. J’ai bien évidement déployé des trésors d’imagination et de créativité pour faire passer un peu moins lentement le temps, sachant que comme elle avait repris un peu d’appétit et faisait pipi, nous pourrions sortir le lendemain.

Nous avons espionné le couloir par le hublot de la porte, regardé les tramways passer, le soleil se coucher, lu 265 fois le livre du père Noël qui se prépare, puis celui de Jim le chat, 2 ouvrages choisis par le grand frère.

J’ai réussi à prendre une bonne douche en la faisant un peu sourire avec le coulissant cassé de la cabine, elle a déroulé, enroulé les rouleaux de papiers toilettes rapeux de l’hôpital… Et j’ai tiré mon lait.

Pendant 2 semaines.

Les aphtes ont été une excellente raison pour proclamer une bonne vieille putain de grève de tetee, comme elle m’en avait fait il y a 9 mois. A l’époque, elle m’avait mordu, j’avais crié, et paf 3 jours de grève.

On m’avait dit à l’époque que une grève pouvait durer dans la théorie jusqu’à 2 semaines. Je me souviens avoir été persuadée que jamais je tiendrai 2 semaines.

Et bien, une fois de plus, Minifleur m’a permis de me prouver à moi même que je suis une fucking mama qui déchire. Et ouais parfois ça fait du bien. De se regarder dans le miroir, et de se sentir la meilleure maman de la terre. Fais le toi, toi qui me lis. Demain matin. Pose ta brosse à dent, et laisse cette vague chaude t’emplir le corps, monter à travers tes doigts, tes mains, tes bras, et envahir ton cœur et le faire exploser d’amour et de reconnaissance pour toi.

Ça sera d’autant plus enivrant que souvent, cette vague demande à naître après une période bien merdique. Le genre de période où on se demande ce qu’on fout là, ce qui nous a pris un beau jour de vouloir avoir des enfants. Où on se sent la pire mère du département, persuadée d’avoir réduit à néant toutes les chances pour nos enfants d’être mentalement équilibrés.

Et bien, grâce à Minifleur et sa fucking varicelle et double fucking grève de tetee, j’ai pu me regarder en face, avec mes cernes, mes kilos, mes cheveux blancs et mes paupières tombantes, et me sentir forte.

Alors oui j’ai validé la théorie de 2 semaines de grève de tetee possible. Même à 18 mois. Même avec des refus pendant son sommeil (d’habitude ils acceptent en dormant), pendant plus de 24 heures d’affilee.

Bien sûr je l’ai fait car je voulais le faire. Car je ne voulais pas arrêter d’allaiter et car donc je savais qu’une grève (brutale, qui s’accompagne de pleurs) n’est pas un sevrage (progressif et sans heurts) . Si une grève se présente à toi, et que tu souhaites sevrer ton bébé, saute sur l’occasion. Aucune culpabilité.

Dire que j’étais soulagée lorsque, au crépuscule du 13eme jour de grève, elle a demandé son « dodo tété » (remplaçant enfin les pleurs et contorsions douloureuses) , puis qu’au 15ème elle a demandé lors d’une promenade (en plein jour !!!), est un bien faible mot. Et quand maintenant elle me dit « maman viens, ye veu le teter », je ressens de nouveau cette toute puissance maternelle, que je te souhaite de connaître pour quelque raison que ce soit.


L’autre élan d’amour fébrile nous est venu du tout doux. Le court séjour fut très éprouvant pour lui, il était persuadé que nous ne reviendrions pas.
Pourtant, à la guerre comme à la guerre, son père a fait des efforts culinaires démesurés en le nourrissant pour son plus grand plaisir de nuggets et frites, crème au chocolat et croissants pour le goûter. Fallait bien ça !
Mais depuis, il me dit tous les jours que je lui ai beaucoup manqué quand tu étais à l’hôpital maman, tu sais avec iris et qu’on t’a fait coucou par la fenêtre. Bon papa m’avait fait des nuggets après du coup.
De la même manière, il me répète plusieurs fois par jour qu’il m’aime. Et aussi Minifleur. Il lui dit, lui demande si elle l’aime. Elle commence d ailleurs à le dire aussi : tem auchi.
Je fond d’amour et de compassion pour ce petit bonhomme qui a vraiment dû croire qu’on ne reviendrait pas.

Du côté parental, notre corde sensible à douloureusement vibré, considérant  les problématiques de poids et de croissance de notre petit oiseau, mais aussi sa détermination et son féroce appétit de découvertes et d’émerveillements, à défaut de saucisses purée ou de jambon coquillettes.

Le besoin de me replier sur nous, loin du tumulte extérieur et surtout des réseaux sociaux s’est accentué. That’s why tu n’as pas eu de nouvelles de moi pendant des semaines, fidèle DD addict, but i am back dans les bacs, et toi aussi, et je t’en remercie.

Ce qui m’a légèrement irritée dans les réseaux sociaux ? Oh rien de bien neuf, toujours les même thématiques, principalement de l’antivaxisme basique (tel le loup sortant du bois à l’occasion des futures campagnes de vaccinations anticovid19 et que clairement j’ai envie de voir tomber dans la marmite bouillante pleine de méningite et rougeole – perte totale de bienveillance –), du médecin bashing à toutes les sauces (irons nous en enfer car nous prescrivons de la vitamine d à la place des alternatives de la biocoop qui coutent un rein ?) et des fake med sur les masques (le personnel du bloc qui porte des masques all day long respire très bien, lui).

Comment finir cet article légèrement long et peut-être soporifique ? Et bien en te souhaitant une très belle année 2021 tout d’abord. Ici il va s’en passer de belles, suite au prochain épisode, rapidement. Promis.

En te remerciant aussi de toujours être sur DD air force one, sur instagram, en messages privés, et je l’espère aussi dans la vraie vie.

Pluie de paillettes, amour, gloire et licornes.

2 réflexions sur « Le battement d’aile d’un papillon »

  1. Un très bel article (et une varicelle carabinée!!). Vous avez raison, il faut se le dire plus souvent : je suis une maman qui déchire !
    (Et moi qui ait royalement allaitée mes filles au plus 1 mois, chapeau très bas pour 18 mois d’allaitement !)

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  2. Yeah on est les meilleures mamans du monde !! Mon homme vient de me le rappeler il y a quelques minutes… et c’est tellement bon à entendre !
    Merci de ton témoignage bouleversant, j’avais envie de pleurer en imaginant ta petite fleur partant sans toi au bloc… brrr… j’espère vraiment ne jamais avoir à vivre cela!
    Mais je suis impressionnée qu’elle parle déjà !!

    Contente de te lire à nouveau (de mon côté c’est le néant… d’autant plus depuis que je travaille presque à temps plein désormais, les idées sont toujours là mais le temps ne m’aide pas ni les nuits encore hachées…) , belle année à toi, qu’elle soit remplie de rires, de tétées (moi ça s’est fini à 3 ans!), de câlins et de bisous …

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