Trio vivace

Aujourd’hui je vous livre cette partition personnelle, celle de mon quotidien depuis presque 4 mois, depuis que mon mari part la semaine pour travailler (ça ne durera pas éternellement).
Voici trois mamans, qui se livrent, sans jugement, sans artifices, sans mensonges, et surtout sans culpabilité.
C’est grâce à l’équilibre de ces trois solistes que tout s’accorde.



MAMAN BLUES

Ce matin c’est trop dur. 8h10 et j’ai déjà crié sur tout le monde, invoqué des dieux polynésiens, me suis arrachée 20 cheveux. Personne ne coopère. La chaussette gratte, le lait est trop chaud, il fallait faire la tartine avant les céréales, la brosse a dent est tombée et faudrait la remplacer.
Le body ne tient pas bien, j’ai plus de yaourt à mettre dans sa gamelle, ah ouf il reste une pomme. La nounou va sûrement trouver ça nul de lui en donner 2 jours de suite.
Et regardez ma tronche… Je suis passée sous un train. Pas possible de prendre une douche ce matin, pas le temps, les 2 me tiennent par les mollets. Putain j’ai envie de crier encore et encore. Mais ça sert à rien, à part me vider.

MAMAN CÂLINE

Mes petits chéris d’amour. Comme je me sens chanceuse et bénie de vous sentir blottis contre moi.
Je n’ose pas vous réveiller. Je sais qu’on sera en retard, que je vais devoir crier mais en cet instant, vous n’êtes qu amour et plénitude.
Vos petits souffles réguliers, vos petites mains, vos rires des le matin. Vous vous cherchez tout de suite du regard, vous pourriez vous renifler des heures… Oui mais, mais on va être en retard.

MAMAN FORCE

Allez c’est parti. Une nouvelle journée. J’ai tout préparé hier soir, leurs vêtements, les miens, les sacs, les gamelles (je crois bien qu’il n’y a plus de yaourt, mais j’avais évidement anticipé la chose en laissant un morceau de roblochon et une pomme pour la petite !). Je sais qu’il reste du lait encore pour 2 jours, ah et j’irai leur acheter des compotes ce midi au super u en même temps que mon déjeuner. A la banane ou aux fruits rouges, ils n’avaient pas aimé celles à la mangue la semaine dernière.
Allez allez il faut se lever !

MAMAN BLUES

Bordel et même pour la dépose c’est la galère. J’en ai marre putain. Trop de monde sur ce parking. Ils se sont disputés pour doudou Chase alors qu’on étaient déjà grave à la bourre. C’est humain ça de se disputer pour un doudou chien policier à 8h57 sur le pas de la porte alors que les portes ouvrent à 8h50 ?

Pourtant je sais bien que la théorie c’est d’avoir le plus de choses en double, mais je refuse de tout anticiper à ce point là !

J’ai envie de retourner à la maison, de mettre la saison 4 de this is us, histoire de larmoyer tranquille en me martelant la tête que le temps passe vite, qu’ils grandiront, que je serai un jour tranquille. Laissez moi tranquille.

MAMAN CALINE

J’espère que sa journée va bien se passer. Il a eu le doudou chase, ouf. Je sais que c’est plus difficile pour lui. J’ai toujours peur qu’il se sente mal, qu’il n’ose pas, que quelqu’un l’embête. Je voudrai tellement lui donner les armes, les outils pour n’avoir peur de personne. J’ai tellement envie de le protéger, tout le temps, mais aussi de le préparer, de lui enseigner, à gérer les déceptions, les frustrations, les malheurs, les peurs. Et surtout ne pas lui transmettre ma peur. Parce qu’il n’est pas moi, je le sais. Mais ça reste mon tout premier, mon tout doux, mon courageux… Allez on arrive, 9h06, ouf merci les règles sanitaires, ça prend plus de temps. Surtout faire en sorte que ces derniers instants se passent bien, loin des cris de ce matin. Lui parler doucement, gentiment, qu’il passe une bonne journée, dont je ne saurai rien ou presque. Sa petite vie qui commence et qui le fait s’éloigner, implacablement.

MAMAN FORCE

Je laisse mes enfants à garder depuis qu’ils sont touts bébés. Je travaille, j’aime mon travail, je ne me verrai pas prendre de congé parental. Et puis c’est important pour l’enfant d’avoir le modèle d’un parent qui travaille. Par ce que oui on doit travailler, toute sa vie, beaucoup, pour mériter. C’est ce que on m’a appris.
Alors même si je passe pour une branquignole dans mon métier car je veux finir par trop tard et ne pas bosser le mercredi, je le fais. J’estime déjà beaucoup travailler. J’essaye de pas me comparer aux confrères et consœurs. De pas me sentir en dessous. Mais c’est dur. Quand on est médecin on est un roc. Depuis le premier jour de la première année à la fac. Un roc sans aucune faille visible. Et qu’on recouvre sous un tas d’autres rocs de travail, qui s’entrechoquent et finissent par s emboîter, on ne sais pas trop comment.

Alors je laisse mes enfants mais je sais qu’ils apprendront beaucoup. C’est le mieux. Et je vais travailler (et m’y reposer un peu aussi je crois bien).

MAMAN BLUES

Je crois que c’est le pire moment de la journée. Celui où je rentrerai bien chez moi poser mes fesses sur le canapé après ma journée de travail. Je ferai comme avant : télé, petite salade joliment présentée, discussion d’adulte avec monsieur, bouquin d’adulte avant de dormir et bien sûr… DORMIR. D’une traite. Dans la position que je veux. Sans me demettre les épaules.
Mais non bien sûr… Car le moment où t’es le plus fatiguée c’est celui où tu dois récupérer les bombes prêtes à décharger de leur journée.

MAMAN CALINE

Quel bonheur de les retrouver. Lui est moins démonstratif, souvent c’est le dernier de la garderie à sortir mais vite vite il me raconte un ou deux détails de sa journée. Des jeux bien souvent, que je ne comprend pas très bien. Je ris car autant il me précise quel copain faisait quel rôle dans les moindres détails, autant pour savoir ce qu il a mangé à la cantine, c’est peine perdue je n’en saurai rien ! Quand à ce qu’il a fait avec la maîtresse… Mystère montessorien.
La petite se précipite vers moi les yeux pétillants, me raconte aussi des choses en fouillant dans mon chemisier « non ma chérie, à la maison la tetee », même si bien souvent ce sera dans la voiture avant de démarrer.
Je me sens complète de nouveau.

MAMAN FORCE

Je m’engouffre dans ce fameux tunnel vesperal, redouté par tant de parents. Chaque minute compte, le repas doit être prêt en moins de 10 minutes : j’ouvre un paquet de raviolis frais (bio et aux épinards, ouf !) que je met dans l eau pendant que la petite tête en position du petit koala (musculation du bras gauche qui me donne envie de jouer au tennis du bras gauche, sauf que je suis droitière et que j’ai peur des balles. Punaise mais ça sert à rien ce maternage proximal !).
C’est le moment d allumer mon cerveau pour être hyper à leur écoute et en même temps hyper cadrante histoire que tout parte pas en cacahuète en 2 minutes.
Prévenir du programme, donner un compte à rebours, rappeler les règles, rappeler le programme, respecter le même ordre. Tout doit rouler. Je redoute le grain de sable : un bobo au pied, un pantalon mouillé qu’il faut changer, un doudou qu’on ne trouve plus, le dentifrice qui ne coule pas correctement.
Et en même temps, leur apprendre à s’adapter, travailler sa flexibilité mentale à lui, sa patience à elle.
Et m’allonger, enfin.
Je repense à cette patiente que j’ai vue ce matin… Elle n’allait pas très bien. Je la rappellerai demain.

MAMAN BLUES

Aujourd’hui c’est mercredi.
Le jour des enfants. Nan mais quelle arnaque. Comme tout bonne mère sacrificielle, j’ai cru que ce s’était une bonne idée de ne pas travailler le mercredi pour rester avec eux. La vérité c’est que la journée passe aussi vite que docteur jivago, et me donne autant de joie de vivre que germinal. Il est 9h10, nous prenons tranquillement le petit déjeuner. Traduction : je laisse la petite lancer des smacks sur le chat pendant que le grand exige une tartine miel et confiture. Heure ressentie : 19h34, sans l’apero.

MAMAN CALINE

Le mercredi je veux remplir leurs réservoirs affectifs. Je veux moins crier, davantage rire et câliner. Essayer de faire un gâteau peut être ? Leur construire des souvenirs impérissables, autant que de plats à lécher et de pépites de chocolat à voler. Peu importe si, in fine, ils préfèrent piquer dans le paquet petits écoliers, mon gâteau aura le goût de l’amour inconditionnel.
Il y a le réveil de la sieste, les chatouilles sur le canapé. Parfois ça finit mal et je crie, mais souvent je leur vole des baisers au goût sucré, je plonge avec eux dans l’enfance des après midi pluvieux, des soirées longuettes et des rires emmitouflés.

MAMAN FORCE

Aujourd’hui j’ai prévu de revoir avec lui quelques lettres. J’ai acheté celles de Céline Alvarez, et il y a les livres pour bébé, souvent écrits en majuscule, quelle aubaine !
Néanmoins il me semble très attiré par les chiffres en ce moment. Il paraît que c’est une période « sensible » comme c’est dit en Montessori. Peut être regarder sur des boutiques en ligne spécialisées s’il existe des jouets adaptés ? Ça fait des semaines que je dois regarder…
Mon problème, insoluble, c’est que faire une activité digne de ce nom avec Minifleur à côté c’est impossible pour lui. Comment ils font les autres parents bon sang ? Déjà en étant concentré sur son activité c’est pas toujours évident, mais mini godzilla dégomme les puzzles, les cartes des coffrets Montessori et déchire les livrets de dessin.
Alors oui, il faudrait que je la branche sur une activité stimulante pour elle : peinture propre, gomettes, ponpons à coller. J’ai honte souvent car elle semble très douée chez la nounou. Ici au bout de 3 minutes, elle degoupille et fais rouler les perles sous le canapé. Exprès.
Mais c’est terriblement frustrant ! Je pourrai faire tellement plus de choses avec lui ! J’espère qu’il n’aura pas de retard. Pas de lacunes.
Un boulier peut être. Oui pour sa période sensible des maths. Un boulier. Je vais regarder ça ce soir.

MAMAN BLUES

Je me sens seule. Comme une maman qui aime ses enfants plus que tout. L’impression d’être seule à ressentir autant d’amour, un amour qui terrasse, qui explose, qui jaillit comme une gigantesque fontaine fraîche et désaltérante.
Mais non, car je sais que toi aussi tu ressens ça, que tu sois maman ou papa d ailleurs.
On le sait, tout va passer, il ne faut pas s’oublier. Et en même temps je ne veux pas de cette parentalite décomplexée, qui sous prétexte de craquer, cède à tout : les violences verbales, le laisser pleurer, trop d’écrans (haha vous l’attendiez celle la, sisi je vous vois sourire !).
T’es pas seul(e). On va y arriver. Un jour ils nous feront le café. On tapera un scandale car le morceau de sucre est cassé.

MAMAN CÂLINE

Je prend seulement la douceur de nos journées, je laisse le reste sur le bord de la route. Ce reste plein de remords, de ratés, de gros yeux et de cris inutiles.
J’espère qu’ils font de même.

MAMAN FORCE

Ils auront toutes les cartes en main. Ils auront la détermination, l’envie, l’imagination. Je suis la fée qui s’est penchée sur leurs berceaux, la vie leur offrira le reste et ils sauront le saisir.

Ils ont fait poussé mes ailes, pour me permettre d’ aller plus haut, et les y emmener. Encore plus haut.

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